Les leaders des transitions du Mali, du Burkina Faso et du Niger se retrouvent à Bamako ce lundi pour une session stratégique de deux jours. Ce deuxième sommet du collège des chefs d’État de la Confédération des États du Sahel (AES) marque un tournant dans l’institutionnalisation de leur coopération régionale.
D’après les informations relayées par les autorités maliennes, ce rassemblement vise à dresser le bilan de la première année d’existence de la confédération, née officiellement le 6 juillet 2024 à Niamey. Les discussions porteront sur la sécurité, la diplomatie et les projets de développement, tout en procédant à la nomination du futur président de l’organisation.

L’objectif affiché est de passer à une phase opérationnelle concrète. En amont de ce sommet, le Général d’Armée Assimi Goïta a officialisé le 20 décembre la mise en place de la Force unifiée de l’AES (FU-AES), un pilier central de cette alliance sahélienne.
Comprendre la mission de la Force unifiée de l’AES

Face à l’instabilité persistante et à la porosité des frontières, le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont choisi de mutualiser leurs capacités militaires. Cette force multinationale regroupe 5 000 soldats et est placée sous le commandement du Général Daouda Traoré du Burkina Faso.
Le ministre malien de la Défense, le général Sadio Camara, a martelé que la souveraineté et la sécurité ne peuvent être déléguées à des entités tierces. Selon lui, la FU-AES incarne les valeurs de dignité et de solidarité propres au Sahel.
Quelles stratégies pour garantir l’efficacité de cette force ?

Malgré des succès notables lors des opérations Yéréko I et Yéréko II, qui ont permis de neutraliser des cadres terroristes et de démanteler des repaires, la menace reste vive. Le blocus énergétique imposé par le JNIM au Mali illustre la complexité de la situation.
Pour Fiacre Vidjenagninou, chercheur au Behanzin Institute à Cotonou (Bénin), la crédibilité de la FU-AES reposera sur sa capacité à transformer les annonces en résultats tangibles pour les populations. Il préconise une approche basée sur :
- La concentration des efforts sur les structures ennemies organisées.
- Un cycle renseignement-action ultra-rapide.
- La capacité de maintenir une présence durable sur le terrain pour sécuriser les axes et les villages.
L’expert souligne également qu’une victoire militaire sans une gouvernance locale minimale et une justice restaurée ne suffira pas à stabiliser durablement la région.
Vers une intégration institutionnelle accrue

Outre l’aspect militaire, le sommet de Bamako doit acter la création de nouveaux outils de souveraineté. La Télévision de l’AES rejoindra la radio Daandè Liptako déjà installée à Ouagadougou. Sur le plan financier, le projet de Banque confédérale d’investissement et de développement (BCID), dotée d’un capital de 500 milliards de francs CFA, est au cœur des priorités.
Ce mouvement d’émancipation fait suite aux tensions avec la CEDEAO et à la volonté des trois États de définir leur propre destin à travers la Charte de Liptako-Gourma, transformée depuis en une confédération solide.