Les cinq dossiers majeurs qui redessinent l’actualité du continent africain

Emmanuel Macron, à l’Élysée, le 7 mai.

L’actualité brûlante de cette semaine met en lumière des transformations profondes, tant sur le plan diplomatique que structurel, à travers plusieurs régions clés. Voici l’analyse des cinq points essentiels à retenir pour comprendre les dynamiques en cours.

1. Mutation de la stratégie française en Afrique : le virage de Nairobi

L’essentiel. Lors du récent sommet Africa Forward tenu à Nairobi les 11 et 12 mai, Emmanuel Macron a acté la fin d’une époque. Le concept d’aide publique au développement est désormais considéré comme obsolète. Le chef de l’État français prône désormais un modèle d’« investissement solidaire », visant à mobiliser les capitaux privés vers le continent, tout en dénonçant une perception du risque souvent déconnectée de la réalité du terrain.

Les faits marquants. Cette rencontre, co-organisée avec William Ruto au Kenya, marque une rupture géographique importante, s’éloignant de la zone d’influence traditionnelle de l’Afrique de l’Ouest. Paris a annoncé des intentions d’investissement s’élevant à 23 milliards d’euros, dont une part majeure portée par le secteur privé et des institutions comme Proparco.

Le changement de cap. En délaissant les problématiques sahéliennes, la France opère un pivot stratégique vers l’Afrique de l’Est anglophone. Ce rapprochement permet à William Ruto de renforcer sa stature internationale, tandis qu’Emmanuel Macron cherche des alliés de poids pour porter la réforme de la finance mondiale lors des prochaines échéances internationales.

2. Africa CEO Forum à Kigali : l’impératif de la croissance à grande échelle

Prise de parole du président rwandais, Paul Kagame, lors de la cérémonie d'ouverture de l'ACF 2026.

Le contexte. À Kigali, le secteur privé africain s’est réuni autour d’un mot d’ordre clair : « grandir ou périr ». Les débats ont souligné l’étroitesse des marchés nationaux et la nécessité de briser les barrières pour favoriser les échanges au sein du continent.

L’enjeu. La mise en œuvre de la Zlecaf reste freinée par des obstacles réglementaires et logistiques. Sans l’émergence de véritables leaders économiques capables de transformer localement les ressources, le continent continuera de voir sa valeur ajoutée s’échapper vers l’extérieur.

Le ton est donné. Paul Kagame, président du Rwanda, a fustigé les doubles standards internationaux, appelant les dirigeants et entrepreneurs africains à ne plus subir les pillages de ressources sous couvert de leçons morales.

3. Cameroun : le mystère persistant autour de la vice-présidence

Le président camerounais, Paul Biya, et sa femme, Chantal Biya, à Yaoundé, le 18 avril 2026. © PATRICK MEINHARDT / AFP

À Yaoundé, le poste de vice-président, bien que rétabli par décret, demeure inoccupé. Cette vacance alimente toutes les rumeurs au sein du sérail politique. Alors que Franck Biya semblait pressenti pour occuper cette fonction stratégique, des tensions internes au palais auraient suspendu sa nomination.

Les influences de l’ombre, notamment celle de la première dame Chantal Biya, pèsent lourdement sur ce choix qui préfigure la succession de Paul Biya. Entre fidèles du régime et membres de la famille présidentielle, la bataille pour le contrôle de l’exécutif s’intensifie.

4. Sénégal : une révision constitutionnelle qui renforce Ousmane Sonko

Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, le 16 octobre 2025. © PATRICK MEINHARDT / AFP

Au Sénégal, le projet de réforme de la Constitution semble taillé sur mesure pour accroître les prérogatives du Premier ministre. Ousmane Sonko se verrait accorder un rôle central dans la définition de la politique nationale, tandis que le président Bassirou Diomaye Faye serait astreint à une certaine neutralité partisane.

Ces ajustements institutionnels pourraient toutefois créer un déséquilibre au sommet de l’État. En cas de désaccord entre les deux figures de l’exécutif, le pays pourrait basculer dans une forme de cohabitation complexe, où le poids politique du leader du Pastef rivaliserait directement avec l’autorité présidentielle.

5. Diplomatie : Philippe Lalliot, l’homme de la situation au Maroc

Philippe Lalliot lors d'un entretien dans la salle de crise du CDCS, au ministère français de l'Europe et des Affaires étrangères, quai d'Orsay à Paris, le 11 mars 2026.

La nomination de Philippe Lalliot en tant qu’ambassadeur de France au Maroc marque une nouvelle étape dans le réchauffement des relations entre Paris et Rabat. Ce diplomate chevronné, expert en gestion de crises, a pour mission de consolider un partenariat économique déjà puissant et de finaliser les accords politiques en suspens.

Dans un contexte où la France demeure le premier investisseur étranger au royaume chérifien, l’arrivée de Philippe Lalliot signale une volonté de stabiliser durablement les liens bilatéraux à travers une approche pragmatique et technique.

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