Le scandale des ondes : comment le Bénin veut-il museler les discours de haine de cnews ?
Les coulisses d’une initiative controversée pour bannir une chaîne française
Sous le feu des projecteurs médiatiques, le Bénin s’apprête à franchir une ligne rouge dans le débat sur la régulation des contenus étrangers. Claudy Siar, figure emblématique du paysage audiovisuel africain et chargé de mission auprès du président béninois Romuald Wadagni, vient de lancer une offensive sans précédent contre la présence de CNews dans les bouquets Canal+ du pays. Mais au-delà de l’annonce choc, que se cache-t-il vraiment derrière cette démarche ? Une lutte légitime contre le racisme médiatique, ou une restriction malvenue de la liberté d’expression ?
Revenons sur les underscores de cette affaire qui secoue l’opinion publique béninoise et interroge la responsabilité des médias dans un monde globalisé.
Ce que claudy siar reproche à cnews : une litanie de propos jugés indignes
Dans une déclaration publiée par plusieurs organes de presse, Claudy Siar a énuméré une liste de griefs qu’il juge insupportables. Selon lui, CNews diffuse quotidiennement des discours stigmatisants envers les Africains, réduisant leurs identités culturelles à des clichés dévalorisants. « Chaque émission de cette chaîne est une offense à la dignité des peuples africains », a-t-il martelé, soulignant que ces propos ne sauraient être tolérés par un État soucieux de protéger ses citoyens. Son argumentaire s’articule autour de trois axes principaux :
- La répétition de stéréotypes racistes : CNews serait un terrain propice à la diffusion de généralisations abusives sur les Africains, présentés comme des individus violents, corrompus ou économiquement dépendants.
- L’absence de contreparties équilibrées : la chaîne ne donnerait pas la parole aux experts africains pour contester ces discours, créant un déséquilibre préjudiciable.
- La normalisation de la haine : en diffusant ces contenus sans filtrage, CNews contribuerait à banaliser des discours que d’autres pays, comme la France, commencent à sanctionner.
Pour Claudy Siar, ces éléments justifient pleinement l’action qu’il mène pour obtenir le retrait de la chaîne. Mais cette position ne fait pas l’unanimité, comme en témoigne déjà le débat public qu’elle a suscité.
Canal+ et la haac dans le viseur : qui détient le pouvoir de réguler ?
La stratégie de Claudy Siar ne s’arrête pas aux déclarations chocs. Il a d’ores et déjà pris contact avec les deux acteurs clés du dossier : d’une part, la direction de Canal+ au Bénin, pour exiger le retrait pur et simple de CNews de ses bouquets ; d’autre part, la Haute Autorité de l’audiovisuel et de la communication (HAAC), l’institution béninoise chargée de veiller au respect des normes éthiques dans les médias.
Une rencontre a été programmée avec le président de la HAAC, Édouard Loko, afin d’examiner la recevabilité de la demande. Toutefois, les contours juridiques de cette démarche restent flous. En effet, une simple demande auprès d’un diffuseur ne suffit pas à interdire officiellement une chaîne. Seul un décret présidentiel ou une décision de la HAAC pourrait, le cas échéant, aboutir à un retrait des ondes béninoises. À ce jour, aucune mesure concrète n’a été annoncée, mais l’affaire a déjà mis en lumière les zones grises du système de régulation médiatique au Bénin.
Le débat est d’autant plus complexe qu’il touche à la fois à la souveraineté nationale, à la liberté de la presse et à la lutte contre les discours de haine – des enjeux qui divisent même les spécialistes du droit audiovisuel.
Des précédents en France : une chaîne déjà sous surveillance
Cette initiative béninoise s’inscrit dans un contexte international où CNews est sous les projecteurs depuis plusieurs années. En juillet 2024, l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) en France a infligé à la chaîne deux amendes totalisant 80 000 euros. Ces sanctions concernaient des manquements précis : diffusion de propos jugés discriminatoires et non-respect des obligations de modération dans deux émissions spécifiques.
Ces décisions ne signifient pas que CNews est officiellement reconnue comme une chaîne raciste, mais elles confirment que ses contenus ont déjà été jugés problématiques par les autorités françaises. Pour Claudy Siar, ces précédents constituent un argument supplémentaire pour justifier son action. Pourtant, la nuance est de taille : les procédures françaises reposent sur des fondements juridiques stricts, tandis que les accusations béninoises relèvent davantage de l’appréciation politique et morale.
Le risque serait désormais de voir le débat se transformer en une guerre des réglementations, où chaque État imposerait ses propres normes sans coordination internationale.
Liberté d’expression vs protection des minorités : où placer le curseur ?
Cette affaire soulève une question fondamentale : jusqu’où un État peut-il légitimement restreindre la diffusion de contenus étrangers au nom de la protection de ses citoyens ? D’un côté, la lutte contre le racisme et les discours de haine est un combat légitime, surtout lorsqu’elle touche des communautés entières. De l’autre, toute mesure restrictive doit être pesée à l’aune des principes démocratiques, notamment la liberté d’expression et le pluralisme de l’information.
Plusieurs scénarios se dessinent à l’horizon :
- Un retrait négocié de CNews par Canal+, sous la pression médiatique et politique.
- Une saisine de la HAAC, qui pourrait imposer des conditions strictes à la diffusion de la chaîne, voire un retrait pur et simple.
- Un statu quo, où CNews continuerait à émettre sans changement, malgré les critiques.
Pour l’instant, aucune décision n’est prise, mais l’affaire a déjà révélé une fracture profonde dans la société béninoise. Certains y voient une avancée historique pour la dignité des Africains, tandis que d’autres craignent une atteinte à la liberté de la presse. Une chose est sûre : le débat ne fait que commencer, et ses répercussions pourraient dépasser les frontières du Bénin.
Reste à savoir si cette initiative inspirera d’autres pays africains à suivre l’exemple béninois, ou si elle restera un cas isolé dans la lutte contre les discours de haine à l’antenne.


