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Le nigerdans les coulisses d’une dépendance pétrolière : quand l’exportation cède face aux importations

Le nigerdans les coulisses d’une dépendance pétrolière : quand l’exportation cède face aux importations

On les avait reçus en grande pompe, presque comme une victoire diplomatique. Cinquante-trois camions-citernes algériens, 1,65 million de litres de carburant, des trompettes et des discours officiels pour célébrer un convoi censé sauver le Niger d’une pénurie imminente. Pourtant, derrière cette mise en scène, une réalité dérangeante s’impose : comment un pays qui raffine des millions de litres de super chaque année en est-il réduit à quémander de l’essence à l’étranger ?

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Une gouvernance énergétique sous les projecteurs

Le Niger, producteur historique et exportateur de produits pétroliers, se retrouve aujourd’hui dans une situation paradoxale. Avec une raffinerie à Zinder capable de produire plus d’un million de litres de super par jour en 2023, le pays affichait encore des excédents exportables. Pourtant, dès 2024, ces surplus ont disparu. La production reste stable, voire en légère hausse, mais l’intégralité du super est désormais livrée à la SONIDEP, la société nationale de commercialisation des produits pétroliers.

Un détail chiffré intrigue : en 2023, 37,69 millions de litres d’excédent étaient exportés. En 2024, ce volume tombe à zéro. Les deux premiers mois de 2025 confirment cette tendance avec 56,88 millions de litres produits et livrés, sans le moindre reliquat. Où sont passés ces excédents autrefois commercialisés à l’international ? La réponse réside peut-être dans une gestion hasardeuse des réserves et des stocks stratégiques.

La sonidep au cœur d’une tempête financière

La SONIDEP, pilier de la distribution des produits pétroliers au Niger, accumule les dettes. Des estimations évoquent un endettement dépassant les 418 milliards de FCFA, un montant qui interroge sur la santé financière d’une entreprise censée gérer des centaines de millions de litres de carburant chaque année. Comment une société recevant des volumes aussi colossaux peut-elle se retrouver dans une telle situation ?

Plusieurs questions restent sans réponse claire : les ventes sont-elles intégralement recouvrées ? Les créances sur les distributeurs sont-elles maîtrisées ? Et surtout, quels montants sont réellement reversés dans les comptes de la SONIDEP ? Les autorités nigériennes n’ont pas encore levé le voile sur ces chiffres, pourtant essentiels pour comprendre l’ampleur de la crise.

Autre piste évoquée dans les milieux pétroliers : des ventes de stocks stratégiques à des conditions préférentielles. Ces opérations, si elles sont avérées, pourraient expliquer en partie la fragilisation des réserves de sécurité. Une raffinerie ne peut fonctionner durablement sans une planification rigoureuse de sa maintenance, ni un pays prétendre à une souveraineté énergétique en épuisant ses stocks de précaution sans mécanisme clair de reconstitution.

Le gasoil encore exporté, une incohérence à analyser

Contrairement au super, dont la quasi-totalité est désormais destinée au marché local, le gasoil continue d’être exporté. Une communication officielle de la SORAZ fin 2024 confirmait cette orientation. Pourtant, cette stratégie laisse un goût amer : pourquoi maintenir des exportations alors que le pays peine à sécuriser son approvisionnement en essence ? Cette incohérence révèle-t-elle un manque de cohérence dans la gestion des ressources ou une priorité mal définie entre les différents produits pétroliers ?

Le Nigeria, un partenaire fantôme

Une autre pièce du puzzle mérite d’être examinée : la baisse drastique des importations informelles en provenance du Nigeria. Pendant des années, une partie importante du marché nigérien était alimentée par du carburant frauduleux en provenance du pays voisin. La suppression des subventions nigérianes et le renforcement des contrôles frontaliers ont réduit ces entrées clandestines, révélant l’insuffisance des circuits formels d’approvisionnement.

En mars 2025, un responsable de la SONIDEP déclarait que Niamey ne recevait que 25 citernes par jour de la SORAZ, alors que les besoins nationaux étaient estimés à 50 citernes quotidiennes. La contraction des circuits parallèles a donc joué un rôle clé dans la crise actuelle, mais elle ne suffit pas à expliquer à elle seule l’ampleur du problème. Pourquoi les capacités de stockage et d’importation n’ont-elles pas été renforcées plus tôt ? Pourquoi les mécanismes de substitution n’ont-ils pas été anticipés ?

Mali : la solidarité sous tension

L’épisode malien de novembre 2025 ajoute une dimension politique à cette crise. Alors que Bamako subissait un blocus imposé par les groupes armés du JNIM, le Niger a mobilisé des convois de carburant vers le Mali voisin. Une opération de solidarité qui s’est accompagnée de sanctions contre des transporteurs nigériens ayant refusé de participer à ces convois : quatorze entreprises de transport ont vu leur autorisation retirée, dix-neuf conducteurs leur permis de conduire.

Cette décision interroge : au moment où le Niger consacrait ses moyens logistiques à soutenir le Mali, quelle était la situation réelle de ses propres réserves stratégiques ? Les stocks disponibles permettaient-ils de couvrir simultanément les besoins nationaux et cet effort de solidarité ? Le contraste entre cette opération et l’accueil solennel des citernes algériennes à Agadez est frappant. Deux faces d’une même pièce : d’un côté, des transporteurs sanctionnés pour avoir rempli une mission de solidarité ; de l’autre, des cargaisons étrangères accueillies en grande pompe pour combler un déficit national. La question est la même : où est passée la stratégie nationale de sécurisation des approvisionnements ?

Le pétrole algérien, solution temporaire ou aveu d’échec ?

L’arrivée des 53 citernes algériennes à Agadez ne doit pas être perçue comme une mauvaise nouvelle en soi. L’Algérie, avec ses importantes capacités de raffinage, représente un partenaire naturel pour le Niger, compte tenu de la proximité géographique et des possibilités de coopération transsaharienne. Pourtant, cette opération intervient dans un contexte particulièrement révélateur : pénuries dans les stations-service, déficit national de produits pétroliers, suspension des exportations de carburants et mise en place d’un comité de crise présidé par le Premier ministre.

Le 12 octobre 2026, les autorités ont interdit l’exportation du super et du gasoil pour privilégier le ravitaillement du marché intérieur. Une décision qui confirme la priorité accordée à la satisfaction de la demande nationale. Mais elle pose aussi une question de fond : pourquoi le Niger en est-il arrivé à devoir importer massivement alors qu’il dispose de sa propre raffinerie ?

Transparence et responsabilité, les mots clés de l’enquête

Cette affaire appelle une enquête approfondie sur toute la chaîne pétrolière nigérienne : de la production à Zinder jusqu’à la distribution dans les stations-service, en passant par les stocks, les exportations, les importations et les circuits financiers. Voici les questions qui méritent des réponses urgentes :

  • Où sont passés les excédents de 2023 ?
  • Quel est le niveau réel des réserves stratégiques aujourd’hui ?
  • Pourquoi le déficit de super est-il passé de 47,25 millions de litres en 2024 à 196,62 millions sur les huit premiers mois de 2026 ?
  • Quelle est la situation financière exacte de la SONIDEP ?
  • Les ressources destinées à la grande maintenance de la SORAZ sont-elles disponibles ?
  • À quelles conditions le carburant algérien a-t-il été acheté, et quelles pertes cette opération engendre-t-elle pour la société nationale ?

Le Niger n’est pas dépourvu de pétrole. Il dispose d’une raffinerie, de ressources nationales et d’une expérience de commercialisation. Pourtant, en 2026, ses autorités doivent faire appel à un partenaire étranger pour soulager un marché en difficulté. Le véritable scandale ne serait pas de recevoir du carburant algérien, mais de ne pas pouvoir expliquer comment un pays producteur a laissé se creuser un tel déséquilibre entre ses capacités, ses besoins et ses réserves.

Produire du pétrole sans parvenir à garantir son approvisionnement intérieur n’est pas une souveraineté énergétique accomplie. Et accueillir des citernes étrangères sous les applaudissements ne saurait tenir lieu de bilan de gestion.

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