Le Mali se dote d’une nouvelle architecture stratégique pour sa défense et sa sécurité

Vingt-deux ans après l’adoption de la loi fondatrice sur la défense nationale, le Mali s’apprête à transformer en profondeur son dispositif sécuritaire. Le pays introduit une architecture renouvelée, englobant désormais la sécurité intérieure, le vaste domaine du cyberespace et une gestion plus intégrée des crises. Ce projet d’envergure, validé par le Conseil national de Transition (CNT), vise à redéfinir les processus de décision stratégique, le commandement opérationnel des forces et les responsabilités des acteurs à l’échelle territoriale.

Ce texte législatif, adopté en juillet 2026 par les 125 membres votants du CNT, est destiné à succéder à la loi n°04-051 du 23 novembre 2004, une fois qu’il aura été promulgué et publié. Devant les conseillers, le Général de division Daoud Aly Mohammedine, ministre de la Sécurité et de la Protection civile, a souligné la nécessité impérieuse de cette révision. Il a expliqué que plus de deux décennies d’application et l’évolution rapide du contexte sécuritaire rendaient cette actualisation indispensable. Le ministre a également insisté sur l’approche inclusive adoptée, précisant que divers acteurs du secteur de la sécurité avaient été étroitement associés aux travaux préparatoires afin d’assurer la pertinence et l’adhésion à cette réforme cruciale pour le Mali.

Il est à noter que le cadre juridique de 2004 n’était pas exclusivement axé sur les aspects militaires. Il structurait déjà la sécurité intérieure, la défense civile et prévoyait l’implication des collectivités, de la société civile et des populations. À l’époque, le Chef d’État-major général des Armées dirigeait les opérations militaires et pouvait, dans des situations de défense opérationnelle du territoire, exercer une autorité sur certaines forces de sécurité.

Une sécurité globale pour le Mali

La réforme actuelle ne cherche pas tant à inventer de nouvelles responsabilités qu’à les consolider, les clarifier et les adapter aux défis contemporains. Désormais, la sécurité intérieure et la cyberdéfense sont explicitement reconnues comme des composantes essentielles de la sécurité nationale du Mali. Pour renforcer l’orientation stratégique et la coordination sous l’égide du Chef de l’État, le Conseil de sécurité nationale et le Comité de défense nationale ont été créés, remplaçant ainsi l’ancien Conseil supérieur de défense et le Comité de défense.

L’unicité du Commandement opérationnel est désormais affirmée autour du Chef d’État-major général des Armées dans le cadre de la défense opérationnelle du territoire. Cette mesure vise à garantir une réponse plus rapide et coordonnée lorsque plusieurs forces doivent intervenir face à une attaque, une crise majeure ou une menace transfrontalière. Cependant, il est important de préciser que cette disposition ne place pas en permanence la Police, la Gendarmerie, la Garde nationale et la Protection civile sous un commandement militaire direct.

Cette nouvelle architecture intègre également une évolution significative intervenue entre les deux textes législatifs. Depuis 2022, la Police nationale et la Protection civile ont vu leur statut militarisé. Ce changement facilite grandement leur mobilisation au sein d’un dispositif plus intégré, tout en leur permettant de maintenir leurs missions ordinaires de sécurité publique et de secours aux populations maliennes.

Devant le CNT, Daoud Aly Mohammedine a mis l’accent sur trois priorités majeures pour le Mali : le renforcement de l’Administration territoriale, l’association des légitimités traditionnelles dans la lutte contre le terrorisme, et la poursuite des recrutements ainsi que de l’équipement des forces de défense et de sécurité. Cette orientation stratégique s’aligne avec le rôle accru confié au ministère de l’Administration territoriale et de la Décentralisation dans la défense civile, la coordination des services déconcentrés, l’implication des collectivités locales et la mobilisation citoyenne. L’objectif est de permettre aux alertes de remonter efficacement depuis les communes, sans pour autant transformer les habitants en supplétifs des forces publiques.

Cyberespace et action sur le terrain

L’intégration du cyberespace dans la stratégie de défense et de sécurité s’accompagne d’une réforme distincte. En juin, le gouvernement malien a adopté les textes fondateurs de l’Agence nationale de la Sécurité des Systèmes d’Information (ANSSI), dont la création est prévue par la Stratégie nationale de cybersécurité 2026 – 2030. L’ANSSI aura pour mission de coordonner la réponse aux cyberattaques et de protéger les infrastructures et services critiques du pays. Ainsi, la cyberdéfense relève de la protection stratégique de l’État, tandis que la cybersécurité couvre un spectre plus large, incluant les administrations, les réseaux et les communications électroniques.

Par ailleurs, le processus de Désarmement, Démobilisation, Réintégration (DDR-I) offre déjà un aperçu concret des défis et succès de la coordination inter-agences. Le 4 août, 254 nouvelles recrues issues de divers groupes armés ont intégré les Forces armées maliennes après avoir suivi une formation à Soufouroulaye. Ce programme ambitieux prévoit l’intégration de 2 000 ex-combattants et la réinsertion socio-économique de 1 000 autres. Bien que cette opération ne découle pas directement du projet de loi, elle contraint les ministères de la Défense, de la Sécurité, de la Réconciliation et les autorités territoriales à collaborer étroitement, illustrant la nécessité d’une approche globale.

La réussite de cette nouvelle stratégie de défense et de sécurité au Mali dépendra moins des intitulés et des décrets que de la mise en œuvre effective des procédures. Les textes d’application, le partage fluide des renseignements, les moyens alloués aux collectivités, le développement des compétences en cyberdéfense, le suivi des individus intégrés et une délimitation claire des responsabilités seront des facteurs déterminants. Cette réforme établit une chaîne complexe dont l’efficacité sera jugée à la rapidité des décisions, à la fluidité de la coordination sur le terrain et, surtout, à la confiance mutuelle entre les institutions, les forces de sécurité et la population malienne.

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