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Le grand effacement : comment la junte malienne a rayé les figures politiques de la carte

Le grand effacement : comment la junte malienne a rayé les figures politiques de la carte

Depuis son arrivée au pouvoir, le général Assimi Goïta et la junte militaire malienne ont opéré une transformation radicale de l’échiquier politique local. Les visages qui dominaient la scène depuis des décennies ont disparu des radars, non pas par hasard, mais à l’issue d’une stratégie soigneusement orchestrée. Où sont passés ces responsables qui, pendant trente ans, ont façonné les gouvernements, animé les débats et incarné la vie publique ? Leur déclin n’est pas une simple coïncidence : il est le résultat d’un plan méthodique.

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L’arme judiciaire : quand la justice devient un outil politique

La chambre des échos politiques s’est progressivement transformée en salle d’audience. Les grands noms de l’ex-Adéma-PASJ, du Rassemblement pour le Mali ou de l’Union pour la République et la Démocratie se retrouvent aujourd’hui derrière les barreaux ou sous le coup de poursuites interminables. Les chefs d’accusation ? Des « menaces à la sécurité nationale », des « discours séditieux » ou des « détournements de fonds » — des motifs suffisamment larges pour couvrir n’importe quelle opposition.

L’exemple de Choguel Maïga, ancien Premier ministre et stratège politique, illustre cette logique implacable. Malgré son rôle dans la transition post-coup de 2020, il croupit désormais en détention provisoire. Aucun passé glorieux ne semble désormais protéger les figures traditionnelles. La justice malienne, sous influence directe de la junte, n’est plus qu’un rouage de la machine à écarter les opposants.

L’exil ou la disparition : les dissidents contraints à la fuite

Pour ceux qui refusent de se soumettre, la seule issue réside parfois dans l’exil. Abidjan, Dakar ou Paris sont devenus les refuges involontaires de dizaines d’anciens ministres, députés et militants. Leur exil est moins un choix qu’une nécessité : les mandats d’arrêt se multiplient, et la menace des représailles devient trop pesante.

Pourtant, même à distance, leur capacité à influencer le débat national est affaiblie. Les canaux médiatiques locaux sont sous contrôle, et les réseaux sociaux, bien que moins censurés, peinent à contrebalancer la propagande pro-junte qui domine l’espace public à Bamako. Les voix des exilés, autrefois puissantes, se noient désormais dans le silence des studios fermés et des plateaux stérilisés.

L’autocensure, nouvelle règle du jeu politique

Ceux qui restent sur place doivent composer avec une réalité glaciale : le moindre mot de trop peut valoir une condamnation immédiate. Les partis politiques sont suspendus ou dissous, les associations étouffées, et les rassemblements interdits. Dans ce contexte, l’autocensure n’est pas une option, mais une survie.

Un ancien proche du pouvoir résumait la situation en une phrase : « Ici, on ne parle plus de politique, on se contente de respirer ». L’injonction est claire : taire ses critiques ou disparaître. Le régime a instauré un climat où le dialogue n’a plus sa place, remplacé par l’obéissance et la discipline imposée.

Du rejet populaire à l’étouffement institutionnel : la légitimation d’un coup de force

La junte a habilement exploité le mécontentement populaire envers l’élite traditionnelle. Trente ans de gouvernements corrompus, de promesses non tenues et de sécurité défaillante ont laissé des traces profondes dans l’opinion. En désignant les partis historiques comme les seuls responsables de la crise, Assimi Goïta a offert une caution morale à son propre pouvoir.

Mais cette rhétorique de « nettoyage » a rapidement basculé dans l’arbitraire. Le report indéfini des élections, la dissolution des instances législatives et la mise en place de structures de transition à la carte ont verrouillé toute possibilité de retour en arrière. Les partis politiques, jadis maîtres du jeu, ne sont plus que des coquilles vides, tandis que les organes de transition, contrôlés par la junte, écrivent les nouvelles règles du pays.

Un vide politique dangereux : et si le remède était pire que le mal ?

En neutralisant les anciennes figures, la junte a cru éliminer toute opposition. Pourtant, elle a aussi supprimé le dernier rempart contre l’unilatéralisme. Sans opposition structurée, ni contre-pouvoirs, le pays se retrouve dans une impasse politique : un pouvoir concentré, mais privé de contrepoids essentiels.

Cette absence de débat contradictoire pourrait s’avérer fatale. Comment un régime peut-il espérer répondre aux défis sécuritaires et économiques sans écouter les voix de ceux qui connaissent la réalité du terrain ? Bamako gouverne aujourd’hui dans une bulle, où les solutions imposées par le sommet peinent à convaincre une population de plus en plus méfiante.

Le risque ? Une transition sans transition, où le pouvoir se durcit au fil du temps, et où la démocratie, déjà fragile, s’efface définitivement sous l’effet d’un autoritarisme assumé. L’effacement des ténors politiques pourrait bien n’être que le prélude à un effacement bien plus large : celui de la parole citoyenne.

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