La question du fédéralisme au Cameroun resurgit régulièrement dans le débat public, alors que le pays fait face à des tensions persistantes dans ses régions anglophones. L’organisation d’un Dialogue national en 2019, sous l’égide du président Paul Biya et mené par le Premier ministre Joseph Dion Ngute, avait pour ambition de trouver une issue pacifique à ce conflit. Pourtant, l’absence des figures majeures de la rébellion a rapidement douché les espoirs d’une solution durable. Aujourd’hui, la possibilité d’un retour à un système fédéral, tel qu’il existait à l’indépendance, revient en force dans les discussions politiques.
Un héritage historique à redécouvrir
Le Cameroun a connu une expérience fédérale entre 1961 et 1972, à la suite de la réunification des anciens territoires sous administration française et britannique. Ce modèle, né pour répondre aux aspirations des populations anglophones, avait permis une certaine autonomie aux deux États fédérés avant son abandon au profit d’un État unitaire. Les partisans d’un retour au fédéralisme s’appuient sur cet héritage pour justifier une réforme institutionnelle.
Parmi eux, des personnalités politiques comme Ahmadou Ahidjo, premier président du Cameroun indépendant, avaient initialement soutenu cette structure. Cependant, l’évolution du pays vers un centralisme accru a marginalisé cette option, malgré les revendications récurrentes des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.
Les obstacles à une fédéralisation
Malgré les appels à une décentralisation renforcée, les défis restent nombreux. D’abord, le manque d’unité au sein des forces indépendantistes complique toute négociation. Ensuite, le gouvernement camerounais, dirigé par Paul Biya depuis plus de quatre décennies, a toujours privilégié une approche centralisatrice pour maintenir la cohésion nationale.
Les récents conflits, marqués par des violences entre séparatistes et forces de l’ordre, ont encore fragilisé le dialogue. Les autorités de Yaoundé estiment qu’une fédéralisation affaiblirait l’autorité de l’État, tandis que les séparatistes y voient une étape vers une possible indépendance.
Les scénarios envisagés
Plusieurs pistes sont évoquées pour concilier les aspirations régionales et l’unité nationale. Certains experts proposent un fédéralisme asymétrique, où les régions auraient des niveaux d’autonomie différents selon leurs besoins. D’autres suggèrent une réforme constitutionnelle pour clarifier les compétences entre l’État central et les entités fédérées.
Quoi qu’il en soit, une telle transformation nécessiterait un consensus politique rare dans le contexte actuel. Les Camerounais, divisés sur la question, attendent des signes concrets pour croire en une issue pacifique.
Le rôle des acteurs internationaux
La communauté internationale, notamment les organisations régionales africaines, suit de près l’évolution de la situation. Certains pays voisins, comme le Nigeria, ont déjà exprimé leur préoccupation face à l’instabilité persistante. Une solution fédérale pourrait-elle être encouragée par des pressions extérieures ?
Quoi qu’il en soit, le Cameroun se trouve à la croisée des chemins. Entre mémoire historique et réalités politiques actuelles, la question du fédéralisme reste un sujet brûlant, porteur d’espoir pour les uns, de craintes pour les autres.