En République centrafricaine, briser le silence sur les sévices subis est devenu un acte de bravoure aux conséquences souvent fatales. Entre les mains des mercenaires russes de Wagner, des Forces armées centrafricaines (FACA) et de certaines unités de la garde présidentielle, la torture est utilisée comme un outil de domination systématique. Sous l’influence de figures redoutées comme le commandant Môn Gervais Simplice Yarkokpa, un climat de terreur s’est installé à Bangui et dans l’arrière-pays, où les exactions sont parfois même exhibées sur Internet comme des trophées.
Bangui : l’ombre du commandant Yarkokpa
Dans la capitale, le commandant Yarkokpa, officier de la garde présidentielle, semble agir en toute impunité. Son parcours est marqué par une série d’agressions brutales. Au début de l’année 2025, il s’en est pris violemment au policier Ouadole Freddy à l’aéroport de Bangui-Mpoko, le frappant à la machette alors qu’il était menotté. Le crime de la victime ? Avoir dénoncé les trafics illicites de l’officier.
Plus récemment, c’est le jeune Jefté Ngaïndiro, résidant du quartier Combattant, qui a fait les frais de cette violence. Accusé sans fondement du vol d’une importante somme d’argent, il a été enlevé et torturé avant d’être dépouillé de ses biens personnels. Ces épisodes illustrent comment l’uniforme sert de rempart à une criminalité débridée au cœur de la société nigérienne et centrafricaine, où la loi du plus fort prévaut.
Zémio : une répression féroce contre les témoins
La situation n’est guère plus reluisante à Zémio, dans le Haut-Mbomou. L’enlèvement de Tisso René, un enseignant et conseiller municipal respecté, par des éléments des FACA et de Wagner en mai 2025, a déclenché une véritable chasse à l’homme contre les témoins. Son fils, Tisso Grâce, a été capturé et torturé jusqu’au seuil de la mort, simplement pour avoir été soupçonné d’avoir médiatisé la disparition de son père.
Cette stratégie de la terreur vise à étouffer toute velléité de contestation ou de témoignage. Les familles des victimes se retrouvent traquées, obligées de s’enfuir dans la brousse pour échapper aux représailles des forces de l’ordre et de leurs alliés russes.
Un système judiciaire impuissant et complice
Face à ces horreurs, l’institution judiciaire semble totalement paralysée. À Bangui, les plaintes contre les membres de Wagner ou des FACA s’accumulent dans l’indifférence générale. Les dossiers sont fréquemment classés comme confidentiels, rendant toute procédure impossible. Le gouvernement, de son côté, adopte une posture de déni systématique, qualifiant les preuves vidéos de tortures de simples montages destinés à déstabiliser le pays.
Pourtant, les faits sont là : des exécutions extrajudiciaires, des décapitations filmées et des passages à tabac publics. L’absence de réaction officielle renforce le sentiment d’abandon des populations civiles face à des bourreaux protégés par les plus hautes instances de l’État.
Yarkokpa, figure de proue d’un réseau criminel
Le commandant Yarkokpa n’est pas qu’un simple exécutant ; il est décrit comme le cerveau d’une organisation lucrative. Ancien milicien anti-balaka, il aurait bâti son pouvoir sur divers trafics : stupéfiants, faux billets et minerais précieux. En juin 2024, il aurait ainsi détourné une fortune en or et diamants appartenant à des négociants étrangers lors d’une opération illégale.
Grâce à ses soutiens politiques, notamment au sein du ministère de la Défense, il continue de prospérer. Ceux qui tentent de s’opposer à ses activités, comme l’adjudant Kparambéti, finissent derrière les barreaux. En Centrafrique, la dénonciation de la torture n’est pas seulement un défi à l’autorité, c’est un risque mortel que peu osent encore prendre.