Depuis huit semaines, le président camerounais Paul Biya, âgé de 93 ans, demeure en dehors du territoire national, poursuivant ce qui fut initialement annoncé comme un « court séjour privé en Europe ». Cette absence prolongée du chef de l’État suscite de vives interrogations quant à sa capacité à diriger le pays, tandis que le mutisme des autorités camerounaises amplifie les spéculations. Le contexte politique post-électoral, déjà empreint d’incertitudes, se trouve ainsi davantage fragilisé.
Le pouvoir tente de rassurer face aux spéculations
Face à la controverse grandissante au Cameroun, les cercles du pouvoir s’efforcent de désamorcer la tension. Plusieurs hauts fonctionnaires affirment que Paul Biya continue d’exercer pleinement ses prérogatives présidentielles à distance. Ils soulignent également qu’aucune disposition constitutionnelle ne fixe de limite à la durée d’un déplacement présidentiel à l’étranger. Pour Yaoundé, il n’y a ni vacance du pouvoir ni crise institutionnelle, l’administration des affaires de l’État étant, selon leurs déclarations, menée avec une parfaite normalité.
Cependant, cette communication officielle peine à convaincre l’opposition. Le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), dirigé par Maurice Kamto, dénonce avec force un manque criant de transparence. Ses leaders estiment que les citoyens camerounais sont en droit d’être pleinement informés sur l’état de santé du président et sa réelle capacité à assumer ses fonctions. Pour le MRC, le voile de secret entourant ce séjour européen ne fait qu’intensifier les doutes plutôt que de les apaiser.
D’autres voix de l’opposition adoptent une approche plus axée sur les institutions. Cabral Libii, président du PCRN, considère que le véritable enjeu ne réside pas tant dans l’absence du président que dans les lacunes du cadre juridique qui régit l’exercice du pouvoir. À ses yeux, les prochaines échéances électorales, notamment les législatives et municipales prévues début 2027, pourraient représenter une opportunité majeure pour engager une réforme approfondie des institutions du Cameroun.
À seulement quelques mois du début du nouveau mandat de Paul Biya, cette absence prolongée ranime un débat fondamental sur la gouvernance, la question de la succession présidentielle et l’impératif d’une plus grande transparence au plus haut niveau de l’État. Au-delà d’une simple polémique liée à un déplacement, elle met en lumière les vulnérabilités inhérentes à un système politique camerounais largement bâti autour d’une figure unique, au pouvoir depuis plus de quatre décennies.