L’implication profonde de l’Algérie dans les affaires maliennes s’explique par la géographie. Les vastes étendues sahariennes abritent les populations touarègues, dont les aspirations irrédentistes au nord du Mali représentent une préoccupation majeure pour Alger. La politique algérienne a toujours visé à empêcher l’émergence d’un État touareg indépendant, en cherchant à contrôler et à délégitimer cette revendication pour en maîtriser l’issue.
Alger considère la zone saharo-sahélienne comme vitale pour sa sécurité. Toute source d’instabilité y est perçue comme une menace directe à son intégrité territoriale. Cette implication remonte aux premières années suivant l’indépendance. Durant le premier soulèvement touareg au Mali (1963-1964), le président Ben Bella avait par exemple accordé à l’armée malienne un droit de poursuite des insurgés jusqu’à 200 kilomètres à l’intérieur de ses frontières, dans le territoire des Kel Adrar.
Au fil des décennies, l’Algérie s’est positionnée comme le médiateur incontournable des conflits touaregs au Mali. C’est sous son égide que furent négociés l’Accord de Tamanrasset en janvier 1991, lors de la deuxième rébellion menée par Iyad ag Ghali et son Mouvement populaire de l’Azawad (MPA), suivi du Pacte national en avril 1992.
Malgré ces efforts, la paix est restée fragile. Une troisième insurrection a éclaté le 23 mai 2006, conduisant à la signature des Accords d’Alger pour la restauration de la paix et du développement dans la région de Kidal.
En transformant le nord du Mali en un «foyer terroriste», l’Algérie aurait ainsi remporté un succès sur deux fronts.
La quatrième guerre, initiée par Ibrahim Ag Bahanga en mai 2007, a également vu une forte implication algérienne, ce dernier ayant même été soigné en Algérie avant de trouver refuge en Libye où il décédera en 2011. La guerre actuelle, qui a débuté en 2012, n’a pas fait exception à cette règle. Alger a de nouveau piloté les négociations qui ont abouti à l’Accord de paix et de réconciliation d’Alger le 15 mai 2015. Cependant, les hostilités ont persisté, notamment en raison du refus de Bamako de répondre pleinement aux demandes touarègues, tandis que l’objectif algérien demeurait inchangé : s’opposer à toute forme de sécession ou de revendication territoriale.
Cette constance diplomatique révèle une stratégie plus profonde. Le nord du Mali est considéré par l’Algérie comme une extension stratégique essentielle, et la principale crainte reste la propagation des velléités indépendantistes à ses propres populations touarègues. Pour parer à cette éventualité, Alger aurait instrumentalisé des groupes djihadistes. L’objectif serait de créer un foyer de crise maîtrisé pour empêcher l’émergence d’un nord-Mali autonome.
Dès 2001, des groupes islamistes, officiellement combattus sur le sol algérien, se sont implantés dans les zones touarègues du Mali. Des informations suggèrent que leur armement aurait été fourni par le Département du Renseignement et de la Sécurité (DRS). En se servant de ces groupes, les services algériens auraient réussi à affaiblir et à marginaliser le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA). Une victoire de ce mouvement aurait en effet créé un précédent jugé périlleux par Alger pour la stabilité de son propre territoire.
Cette stratégie de transformation du nord malien en une zone d’instabilité jihadiste aurait permis à l’Algérie d’atteindre un double objectif stratégique :
- Elle a pu endiguer le risque de contagion des revendications autonomistes à ses propres populations touarègues.
- En noyant la cause politique de l’Azawad sous la bannière du terrorisme international, symbolisée par les drapeaux noirs et les convois armés, Alger a pu se positionner comme un acteur indispensable et un rempart contre l’extrémisme dans la région.