Le retour de Paul Biya au Cameroun, le 20 août dernier, après un séjour de 74 jours en Suisse, a réservé une surprise aux Camerounais. Ceux qui espéraient voir le président serrer les mains des dignitaires de Yaoundé n’ont eu droit qu’à une main aperçue à travers la vitre légèrement entrouverte d’une limousine présidentielle. Un signe en apparence anodin, mais lourd de sens dans l’univers politique.
La main, symbole universel du pouvoir
La main en politique n’est jamais un détail. Elle incarne la puissance, la décision, voire la survie. Quatre degrés la définissent : celle qui tue, celle qui triche, celle qui bénit et, enfin, celle qui gouverne. Ce jeudi 20 août, les Camerounais ont découvert une main à travers une vitre, mais elle en dit long sur la manière dont le pouvoir s’exerce aujourd’hui dans le pays.
Premier degré : la main qui décide de la vie ou de la mort
Dans l’Antiquité romaine, la main de l’empereur César condamnait ou sauvait les gladiateurs. À Yaoundé, ce n’est plus le cas. La main aperçue jeudi n’était pas celle qui condamne, mais celle qui prouve que son détenteur est toujours en vie. Une preuve de survie politique après 43 ans de règne.
Deuxième degré : la main qui contourne la réalité
Diego Maradona l’a bien compris : quand les jambes faiblissent, la main triche. En 1986, l’Argentin marquait un but de la main contre l’Angleterre, baptisé la « Main de Dieu ». Au Cameroun, la télévision nationale a validé le retour de Biya comme un miracle. Pourtant, tous ont vu une seule main. La triche est-elle institutionnelle ?
Troisième degré : la main sacralisée
Dans les traditions religieuses, la main ointe devient une relique. Au Cameroun, on a assisté à une liturgie inversée : une main-relique sortie d’une vitre teintée, comme une châsse promenée lors des fêtes religieuses. Un geste pour rappeler que le pouvoir reste sacré, même à distance.
Quatrième degré : la main qui signe et ordonne
Pendant 74 jours en Suisse, le président Biya n’était pas physiquement présent, mais son pouvoir, lui, n’a jamais quitté le pays. La main qui signe les décrets, les nominations et les lois est la définition même du pouvoir. « Manus », en latin, désigne à la fois la main et la puissance. Biya a régné par sa main, même sans corps.
Plus de quatre décennies après son accession au pouvoir, le Cameroun doit désormais composer avec une réalité : un président déjà absent de facto, mais dont la main reste le symbole d’un pouvoir qui refuse de s’éteindre. Comme le souligne avec justesse une observatrice camerounaise : « Le pays doit se préparer à l’inéluctable, sans pour autant négliger les défis d’un avenir incertain. »