La justice malienne vient de frapper un nouveau coup dur contre la liberté d’expression. Mohamed Youssouf Bathily, plus connu sous le pseudonyme de Ras Bath, et l’influenceuse Rokia Doumbia, surnommée Rose « la vie chère », ont été condamnés à dix ans de prison ferme par un tribunal de Bamako. Trois de ces années sont assorties de sursis, laissant planer une menace réelle sur leur avenir.
Les deux personnalités ont été jugées pour deux chefs d’accusation précis : « association de malfaiteurs » et « atteinte au crédit de l’État ». Ces motifs juridiques, souvent utilisés pour museler les critiques, révèlent une stratégie inquiétante visant à étouffer toute contestation envers les autorités de transition, placées sous la direction du général Assimi Goïta.
Une répression qui s’étend au-delà des frontières du débat public
Cette condamnation n’est pas un épisode isolé dans un paysage politique malien de plus en plus verrouillé. Elle s’inscrit dans une dynamique de répression systématique où chaque voix dissidente risque de se heurter aux barreaux d’une prison. Voici les principaux visages de cette stratégie glaçante :
Les figures politiques sous le joug judiciaire
- Étienne Fakaba Sissoko, économiste et ancien conseiller présidentiel, purge actuellement une peine de prison ferme. Son crime ? Avoir publié un ouvrage critique sur la gestion de la transition au Mali. Son cas illustre la rapidité avec laquelle les autorités transforment les critiques en délits punissables.
- Malick Coulibaly, ancien ministre de la Justice, a lui aussi été ciblé par des poursuites judiciaires, tout comme plusieurs dirigeants de partis d’opposition. Ces arrestations et détentions arbitraires créent un climat de peur parmi les opposants politiques.
Les voix de la société civile réduites au silence
La société civile malienne n’est pas épargnée. Clément Dembélé, militant emblématique dans la lutte contre la corruption, a connu la détention après avoir dénoncé les choix stratégiques du pouvoir. D’autres activistes, souvent actifs sur les réseaux sociaux, subissent des représailles : fermetures de comptes, intimidations ou emprisonnements pour des publications jugées subversives.
Les médias sous surveillance constante
Les journalistes locaux évoluent dans un environnement de plus en plus hostile. Menaces d’interpellation, suspensions arbitraires d’antenne, ou même bannissement du territoire pour des médias internationaux : le paysage médiatique malien se rétrécit comme une peau de chagrin. Les professionnels des médias paient le prix de leur indépendance, souvent sacrifiée sur l’autel d’un discours officiel intouchable.
Quand la critique devient un crime d’État
Pour les avocats défendant Ras Bath et Rose « la vie chère », cette condamnation est la preuve flagrante de l’instrumentalisation du système judiciaire malien. Utilisé comme un outil de répression, la justice sert désormais à museler toute forme de débat citoyen. Alors que la défense prépare un recours devant la Cour suprême, le message envoyé aux Maliens est sans ambiguïté : exprimer son désaccord, surtout sur les questions économiques ou politiques, peut désormais valoir des années de prison.
Le Mali, autrefois symbole d’espoir démocratique en Afrique francophone, semble s’enfoncer dans une logique autoritaire où la critique est criminalisée. Dans ce contexte, chaque jour qui passe éloigne un peu plus le pays des principes fondamentaux de la liberté d’expression.