Interdiction des motos au Mali : une mesure controversée aux impacts multiples

interdiction des motos au Mali : une mesure controversée aux impacts multiples

Moto en station-service à Bamako, illustration des défis de mobilité au Mali

Depuis quelques semaines, le gouvernement malien de transition a instauré une suspension stricte de la circulation des motos de grosse cylindrée en dehors des grands centres urbains. Cette décision, valable pour une année renouvelable, s’accompagne d’un blocage des importations, du transit, de la vente et de la distribution de ces véhicules dans l’ensemble du pays. L’objectif affiché est de limiter les déplacements des groupes armés djihadistes opérant sur le territoire. Pourtant, cette mesure draconienne suscite des remous dans la société malienne, particulièrement en zone rurale.

Le texte officiel, publié sous forme d’arrêté interministériel, précise les contours de cette interdiction : « La circulation des motocyclettes d’une cylindrée égale ou supérieure à 125 cm³ est désormais prohibée hors des grandes agglomérations. » Sont concernés par cette restriction : la capitale Bamako, les chefs-lieux régionaux, les chefs-lieux de cercle et d’arrondissement.

Artère principale de Bamako, symbole de la vie urbaine malienne

des réalités locales que l’État peine à intégrer

Une marge de manœuvre a été accordée aux gouverneurs régionaux. Ceux-ci peuvent, selon les spécificités de leur zone, adapter ou étendre cette interdiction dans les chefs-lieux de cercle. Pourtant, sur le terrain, l’application de cette mesure s’annonce complexe. Un habitant de Bandiagara, dans la région centrale du Mali, témoigne sous couvert d’anonymat de l’utilité incontournable de ces deux-roues dans son quotidien :

Dans notre région, les motos de forte cylindrée sont adaptées à notre environnement montagneux. Les routes y sont escarpées et sinueuses, rendant ces engins indispensables. Que ce soit pour les forces armées maliennes, les acteurs humanitaires ou les paysans comme moi, elles remplacent souvent les ambulances pour transporter les malades vers les centres médicaux. Comment imaginer s’en passer dans ces conditions ?

entre sécurité et survie quotidienne

À Mopti, autre ville du centre du pays, l’inquiétude gagne les propriétaires de motos de grosse cylindrée. Ces derniers utilisent quotidiennement ces véhicules pour relier les villages environnants, essentiels à leurs activités agricoles, pastorales ou halieutiques. Si certains reconnaissent la nécessité de cette mesure pour des raisons de sécurité nationale, ils s’interrogent sur ses conséquences économiques et sociales :

Avant l’annonce de l’interdiction, je livrais du pain à plusieurs familles dans des villages éloignés de Mopti. Aujourd’hui, sans ma moto, comment continuer mon travail ? La suspension de ces engins nous prive de notre principal moyen de subsistance.

Les motos de grosse cylindrée sont devenues, au fil des années, des outils polyvalents au Mali. Les groupes armés en font un usage tactique pour leurs déplacements rapides et leurs attaques surprises. Les populations, elles, les utilisent pour pallier l’absence d’infrastructures routières fiables et de moyens de transport alternatifs. Ces engins robustes assurent la liaison entre les zones isolées et les centres urbains, transportant personnes et marchandises essentielles à la survie des communautés.

Cette interdiction radicale reflète l’ampleur de la crise sécuritaire qui secoue le Mali depuis plusieurs années. Pourtant, elle s’accompagne d’un coût social et économique potentiellement lourd, faisant peser de nouvelles difficultés sur une population déjà éprouvée.

En avril 2026, une série d’attaques coordonnées d’envergure a été perpétrée par les djihadistes du Jnim et leurs alliés du Front de libération de l’Azawad (FLA) contre plusieurs localités. Cet événement dramatique a renforcé la détermination des autorités à agir, même si les répercussions de cette décision restent à évaluer sur le terrain.

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