Le Sahara occidental n’est pas qu’une simple entité géographique entre le Maroc et le Sénégal : il y a surtout la Mauritanie, souligne Ahmed Ould Bettar, journaliste mauritanien de premier plan.
Une réalité souvent négligée par ceux qui évoquent des raccourcis diplomatiques dans la région. Pourtant, ignorer le rôle central de la Mauritanie revient à minimiser une pièce maîtresse de l’échiquier maghrébo-africain. Ni simple frontière désertique, ni zone de passage anodine, ce pays incarne une puissance diplomatique, économique et sécuritaire incontournable.
La Mauritanie, bien plus qu’un territoire de transit
La géographie ne se contente pas de dessiner des lignes sur une carte : elle façonne des dynamiques politiques, économiques et culturelles. Entre Rabat et Dakar s’étend un espace où chaque État joue un rôle précis. La Mauritanie en est l’exemple parfait.
En tant qu’État souverain, elle constitue un lien stratégique entre le Maghreb et l’Afrique de l’Ouest. Son influence s’étend bien au-delà de ses frontières, notamment en matière de sécurité régionale et de commerce transsaharien. Son statut d’acteur diplomatique majeur en fait un partenaire clé pour les échanges interafricains et internationaux.
Pourquoi les raccourcis géopolitiques sont dangereux
Les simplifications excessives, même involontaires, peuvent fausser la compréhension des enjeux réels. Oublier la Mauritanie dans l’équation maroco-sénégalaise revient à nier son poids historique, politique et économique. Ce pays n’est pas un obstacle, mais un pont naturel entre deux mondes qui, sans lui, seraient moins bien connectés.
Son rôle dans la gestion des crises, son engagement en faveur de l’intégration africaine et sa position face au Sahara occidental en font un acteur dont la voix ne peut être ignorée. Les décisions prises à Rabat ou à Dakar doivent nécessairement tenir compte de Nouakchott, capitale mauritanienne, pour être pertinentes et durables.
Géopolitique : quand la carte impose ses réalités
Les frontières ne sont pas de simples tracés arbitraires : elles reflètent des souverainetés, des peuples et des histoires. Le Sahara occidental, territoire au statut contesté, s’inscrit dans ce contexte. Mais la Mauritanie, elle, incarne une autre réalité : celle d’un État au rayonnement incontestable, dont l’absence dans les analyses géopolitiques serait une erreur.
En conclusion, les raccourcis ne conviennent pas à l’analyse des équilibres régionaux. Entre le Maroc et le Sénégal, la Mauritanie n’est pas un détail, mais une nécessité stratégique.
Ahmed Ould Bettar