Le Gabon définit ses priorités économiques pour la période 2026-2030. Afin de mettre en œuvre le Plan national de croissance et de développement (PNCD), les autorités tablent sur un financement total de 27 000 milliards de FCFA. Sur cette somme colossale, l’État espère mobiliser 18 000 milliards de FCFA auprès des investisseurs privés. Les fonds publics, évalués à environ 9 000 milliards, ne pourront supporter seuls la transformation structurelle souhaitée par le pouvoir constitutionnel issu de la transition.
Une stratégie axée sur l’investissement privé
Ce partage des financements marque une orientation politique claire. En confiant près de 66 % de l’effort d’investissement au secteur privé, Libreville s’aligne sur les modèles de financement hybrides observés dans la zone de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC). Cette approche place les banques commerciales, les fonds souverains et les grands groupes industriels, notamment dans les secteurs extractifs, au cœur de la dynamique de croissance future.
Toutefois, la réussite de ce modèle dépend d’une amélioration concrète du climat des affaires. L’économie gabonaise, encore très dépendante du pétrole, du bois et du manganèse, doit diversifier ses revenus. Des institutions internationales ont souvent souligné l’importance de simplifier les procédures douanières, de sécuriser la propriété foncière et d’élargir l’assiette fiscale pour rassurer et attirer les capitaux internationaux de manière pérenne.
La relance du Haut conseil pour l’investissement
Pour fluidifier les échanges avec les acteurs économiques, le gouvernement a décidé de redynamiser le Haut conseil pour l’investissement (HCI). Cet organe, destiné à être le pont entre l’administration et le patronat, avait perdu de son influence par le passé. Sa remise en activité illustre la volonté du président Brice Clotaire Oligui Nguema de stabiliser les relations public-privé et d’offrir une meilleure visibilité réglementaire aux investisseurs.
Le HCI aura pour mission de coordonner les besoins des ministères avec les capacités de financement des grandes entreprises implantées sur le territoire. Des acteurs majeurs comme la Compagnie minière de l’Ogooué (Comilog), filiale du groupe Eramet, ainsi que les industriels de la transformation du bois, seront particulièrement sollicités. Parallèlement, des institutions comme la Banque africaine de développement et Afreximbank devraient jouer un rôle de catalyseur pour financer des projets d’envergure dans l’énergie, le numérique et les infrastructures.
Les défis de la dette et de l’exécution administrative
Atteindre 18 000 milliards de FCFA en cinq ans, soit environ 3 600 milliards par an, constitue un défi sans précédent. Les programmes précédents n’avaient pas toujours atteint leurs objectifs en matière d’investissements directs étrangers, souvent à cause d’un manque de projets structurés ou de la volatilité des prix des matières premières. Le PNCD devra donc prouver sa capacité à générer des projets rentables et sécurisés pour les financiers.
La situation budgétaire du pays limite également les marges de manœuvre. Avec une dette publique frôlant le plafond de 70 % du PIB fixé par la CEMAC, le Gabon doit impérativement se tourner vers les partenariats public-privé (PPP). Les concessions et les montages financiers innovants deviendront des outils essentiels pour réaliser les ambitions nationales sans aggraver l’endettement souverain.
Enfin, l’efficacité de l’administration sera le juge de paix de ce plan quinquennal. La lutte contre la corruption, la rapidité d’obtention des permis et la modernisation du guichet unique pour l’investissement sont des réformes cruciales attendues par les opérateurs. La crédibilité économique du Gabon sur la scène internationale dépendra de sa capacité à transformer ces intentions en réalisations concrètes sur le terrain.