Gabon : l’ambassadeur défend une industrialisation des ressources minières à Bruxelles

Libreville, 26 juin 2026 – Alors que les grandes puissances s’affrontent pour garantir leurs approvisionnements en minerais stratégiques, une autre lutte, plus fondamentale, se déroule dans les pays producteurs. Celle de la création de valeur ajoutée sur place.

Longtemps relégués au rang de simples exportateurs de matières premières, de nombreux États riches en ressources cherchent aujourd’hui à reprendre la main sur leur destin économique. À Bruxelles, lors d’une conférence de haut niveau organisée par l’Organisation des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique et la Banque européenne d’investissement, le Gabon a porté cette ambition avec vigueur.

Par la voix de son ambassadeur auprès du Royaume de Belgique et de l’Union européenne, Eudes Régis Immongault Tatangani, le pays a plaidé pour un nouveau pacte économique entre les nations productrices et le reste du monde. Un pacte qui ne reposerait plus sur l’exportation brute des richesses, mais sur leur transformation sur place et leur intégration dans des filières industrielles complètes.

Adieu au modèle extractif

L’envolée de la demande mondiale en matières premières critiques est directement liée à la transition énergétique, à la révolution numérique et à l’émergence de technologies de pointe. Batteries électriques, énergies renouvelables, intelligence artificielle, infrastructures digitales et industries avancées exigent des volumes toujours plus importants de minerais stratégiques dont l’Afrique regorge.

Pour le diplomate gabonais, cette conjoncture offre une chance historique aux pays producteurs de s’affranchir d’un modèle économique hérité de plusieurs décennies de rente. Il a rappelé que la véritable richesse d’une nation ne tient pas seulement à l’abondance de ses ressources naturelles, mais surtout à sa capacité à les convertir en croissance durable, en emplois qualifiés et en développement industriel.

Ce constat rejoint celui de nombreux économistes internationaux. Les États qui se contentent d’exporter leurs ressources brutes ne captent qu’une faible part de la valeur générée. Les bénéfices réels se concentrent dans les phases de transformation, de fabrication et d’innovation technologique réalisées ailleurs. C’est ce déséquilibre que le Gabon entend corriger.

Bâtir des chaînes de valeur africaines

L’ambassadeur a défendu une approche intégrée, de l’extraction à la transformation industrielle. Cette stratégie nécessite des investissements massifs dans les infrastructures énergétiques, ferroviaires, portuaires et logistiques capables de soutenir une industrialisation compétitive.

Le message porté à Bruxelles s’inscrit dans l’évolution récente de la politique économique gabonaise. Depuis plusieurs années, Libreville multiplie les initiatives pour encourager la transformation locale des ressources nationales, notamment dans les secteurs du bois, des mines et de l’industrie.

L’objectif est clair : réduire progressivement la dépendance aux exportations de matières premières non transformées, tout en développant des activités industrielles créatrices de richesse sur le territoire. Cette stratégie répond aussi à une nouvelle donne géopolitique. Les pays producteurs veulent désormais peser davantage dans les négociations internationales, non plus comme de simples fournisseurs, mais comme des partenaires industriels à part entière.

Des partenariats équilibrés

Au-delà des infrastructures et des capitaux, le représentant gabonais a insisté sur un élément clé de cette transformation : la qualité des alliances. Selon lui, les accords entre États, investisseurs privés et institutions financières doivent impérativement inclure des mécanismes de transfert de technologies, de formation et de développement des compétences locales.

Cette dimension est devenue centrale dans les débats internationaux sur les minerais critiques. La souveraineté économique ne se construit pas uniquement grâce aux ressources naturelles. Elle repose aussi sur la maîtrise des savoir-faire, des technologies et des compétences qui permettent leur valorisation.

À travers cette intervention, le Gabon affirme sa volonté de participer activement à la redéfinition des relations économiques mondiales. Le pays entend transformer son potentiel naturel en levier industriel et inscrire son développement dans les nouvelles dynamiques de l’économie globale.

La bataille des matières premières critiques ne se gagnera pas seulement dans les mines. Elle se gagnera dans les usines, les centres de recherche, les infrastructures logistiques et les écoles de formation. C’est cette conviction que le Gabon est venu défendre à Bruxelles. Une conviction qui pourrait devenir l’un des grands marqueurs économiques du continent dans les prochaines décennies.

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