La fièvre de l’or au Cameroun : un eldorado meurtrier et impuni
Dans les vastes étendues de l’Est et de l’Adamaoua, une ruée vers l’or a transformé le paysage camerounais en un terrain de jeu pour des réseaux criminels. Ces zones, autrefois paisibles, sont désormais le théâtre d’une exploitation minière sauvage, où des millions de dollars s’évaporent chaque année vers des destinations opaques comme Dubaï. Les autorités locales peinent à endiguer ce phénomène, malgré les milliards de pertes pour l’État et les vies brisées par cette course effrénée.
Des sites miniers hors de contrôle et des vies sacrifiées
À Betare-Oya, dans la région de l’Est, les puits d’extraction artisanal se multiplient comme des champignons après la pluie. Les mineurs, souvent des populations locales désœuvrées, risquent leur vie pour quelques grammes d’or. Les conditions de travail sont dignes du XIXe siècle : absence de sécurité, maladies pulmonaires, effondrements de galeries. Chaque année, des dizaines de morts sont recensées, mais le chiffre réel pourrait être bien plus élevé, faute de transparence.
Les réseaux criminels, bien organisés, profitent de cette anarchie pour exporter l’or vers l’étranger. Les routes empruntées par les camions chargés de minerais sont truffées de points de contrôle fictifs, où des complices locaux ferment les yeux en échange de commissions. Résultat : l’État camerounais ne touche qu’une infime partie des recettes légales que devrait générer cette manne.
Dubaï, plaque tournante d’un trafic organisé
Les investigations menées sur le terrain révèlent un système bien huilé : l’or camerounais, une fois extrait, est acheminé vers des pays voisins avant d’être réexporté vers Dubaï. Les certificats d’origine falsifiés et les faux papiers permettent de contourner les sanctions internationales. Les autorités camerounaises, malgré des annonces régulières sur la lutte contre la fraude, peinent à démanteler ces réseaux.
Les milliards envolés chaque année privent le Cameroun de ressources vitales pour son développement. Les infrastructures sanitaires, éducatives et routières en paient le prix fort. Pendant ce temps, les responsables corrompus continuent de prospérer, protégés par un système qui étouffe toute velléité de réforme.
Que faire face à cette hémorragie économique ?
Pour mettre fin à ce pillage, une réforme en profondeur est indispensable. Plusieurs pistes sont envisagées :
- Renforcer les contrôles sur les sites miniers et les points de sortie du territoire.
- Sanctionner les complices locaux impliqués dans les réseaux de fraude.
- Moderniser l’exploitation minière pour réduire les risques et augmenter les recettes fiscales.
- Sensibiliser les populations sur les dangers de l’exploitation illégale et les alternatives économiques.
Sans une volonté politique sans faille, cette fièvre de l’or continuera de ruiner le Cameroun, transformant un potentiel économique en eldorado de sang et de corruption.