Félix Tshisekedi lance un dialogue national inédit pour la RDC

Le président de la République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi, a annoncé hier le lancement d’un Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État. Cette initiative, présentée comme une réponse aux crises multiformes qui secouent le pays depuis des années, se veut différente des précédents processus de concertation.
Lors de son adresse à la nation, le chef de l’État a souligné que ce dialogue se distinguerait par son ancrage territorial inédit. Contrairement aux habitudes, il ne débutera pas à Kinshasa, mais dans chacune des 26 provinces de la RDC, avant de culminer par des assises nationales dans la capitale.
Un dialogue qui doit partir des provinces

Selon les précisions apportées par Félix Tshisekedi, le processus s’articulera autour d’une série de consultations locales réunissant élus nationaux et provinciaux, représentants de la société civile, chefs coutumiers, leaders religieux, acteurs économiques et universitaires. Chaque province aura pour mission d’établir un diagnostic complet des défis locaux : insécurité, conflits fonciers, tensions communautaires, inefficacités administratives ou encore inégalités socio-économiques.
Les conclusions de ces travaux provinciaux alimenteront ensuite les assises nationales prévues à Kinshasa. L’objectif affiché ? Identifier les racines des crises récurrentes et proposer des réformes structurelles pour renforcer l’État congolais.
Deux ordonnances présidentielles pour structurer le dialogue
Pour encadrer ce processus, Félix Tshisekedi a annoncé la signature prochaine de deux ordonnances. La première créera un comité d’organisation, chargé de préparer les aspects logistiques, administratifs et matériels du dialogue. La seconde actera officiellement le lancement du processus et définira les modalités de participation, les étapes clés et les mécanismes de suivi des recommandations.
Le président a fixé une durée maximale de trois mois pour mener à bien ces travaux. À l’issue des assises, un pacte national sera adopté, accompagné d’un dispositif permanent de suivi des engagements pris par les parties prenantes.
Félix Tshisekedi fixe ses lignes rouges

Le président a tenu à préciser plusieurs limites qu’il juge non négociables. Il a notamment exclu toute interprétation du dialogue comme un cadre de partage du pouvoir, déclarant : « Nous avons trop souvent répondu aux crises par des arrangements politiques plutôt que par la consolidation de l’État. »
Autres points saillants : le maintien des institutions issues des élections de 2023 et la préservation de l’ordre constitutionnel. Félix Tshisekedi a également clarifié sa position sur la participation des groupes armés : « Nul ne sera exclu pour ses opinions ou ses origines, mais nul ne peut prétendre siéger à la table de la nation tout en prenant les armes contre elle. » Cette déclaration vise notamment les mouvements armés actifs dans l’est du pays, malgré les négociations en cours avec l’AFC/M23.
Le chef de l’État a rassuré sur le fait que ce dialogue national ne se substituera pas aux initiatives diplomatiques régionales et internationales engagées pour résoudre les conflits.
Claudel Lubaya critique un « rendez-vous manqué »
L’opposant Claudel Lubaya a vivement réagi à l’annonce présidentielle. Dans un message sur X, il a qualifié le discours de « Ni hauteur de vue, ni conscience de la gravité du moment, ni réponses à la mesure de la crise ». Pour lui, le président n’a pas apporté les solutions attendues face aux défis majeurs du pays.
L’ancien député a dénoncé un processus qui ne répond pas aux attentes de la population congolaise, le qualifiant de rendez-vous manqué avec l’histoire. Il a précisé que le désaccord portait davantage sur le fond que sur la forme : « Le problème, c’est le fond, pas la forme. » Lubaya a mis en garde contre le risque que ce dialogue ne serve qu’à légitimer la coalition au pouvoir plutôt qu’à instaurer une véritable concertation nationale.
Christian Mwando questionne l’inclusivité du processus

Christian Mwando Nsimba, député et cadre du parti Ensemble pour la République, a également exprimé ses réserves. Il estime que le format proposé par le président Tshisekedi ne permettra pas de résoudre la crise actuelle, la qualifiant de « vaste kermesse » sans impact concret sur le conflit.
L’opposant s’interroge sur l’absence du terme inclusif dans le discours présidentiel, alors que cette notion avait été centrale dans les discussions préalables. Il s’interroge également sur la coexistence entre ce nouveau cadre et le processus de Doha avec l’AFC/M23.
Jean-Claude Katende salue le refus du partage du pouvoir
À l’inverse, Jean-Claude Katende, président de l’Association africaine de défense des droits de l’homme (ASADHO), a exprimé son soutien à plusieurs aspects du discours présidentiel. Il a notamment salué le refus catégorique d’un partage du pouvoir, déclarant : « Je souscris au discours du président Félix Tshisekedi sur le dialogue dans la mesure où il a clairement exclu tout partage du pouvoir. »
Katende s’est également félicité de l’accent mis sur la participation citoyenne et sur les mécanismes de suivi des résolutions. Toutefois, il a appelé à la vigilance : « Je suis satisfait de l’intervention du président avec l’espoir que tout ce qu’il a dit sera observé et que ce n’est pas de la démagogie. »
Un test politique pour le pouvoir en place

L’annonce de ce dialogue national s’inscrit dans un contexte marqué par une crise sécuritaire persistante à l’est du pays et des tensions politiques internes. Pour le pouvoir, le défi sera de convaincre les forces vives de la nation que ce processus peut déboucher sur des résultats tangibles.
Du côté de l’opposition, la question reste entière : ce dialogue sera-t-il un véritable cadre de concertation nationale ou une initiative pilotée par le camp présidentiel ? Les prochaines ordonnances annoncées par Félix Tshisekedi devraient éclairer davantage sur la composition du comité préparatoire et les modalités précises de participation aux futures assises.