Faso mêbo au Burkina Faso : un élan de patriotisme ou une pression fiscale déguisée ?

Le débat enfle autour de l’initiative Faso mêbo

Alors que les autorités financières annoncent avoir collecté plus de 261 millions de FCFA à la mi-mai 2026 sous l’égide de l’opération Faso mêbo, une polémique grandissante s’installe au sein de la société. Cette mobilisation de fonds, présentée comme un sursaut national, interroge désormais sur sa nature réelle : s’agit-il d’un véritable acte de civisme ou d’une manœuvre institutionnelle contestable ?

Pour de nombreux observateurs, la pilule est difficile à avaler. Le premier levier de contribution au développement et à la sécurité d’une nation demeure l’impôt. À cet égard, les citoyens du Burkina Faso font déjà preuve d’un engagement fiscal notable. Malgré une inflation persistante et un climat d’insécurité pesant, les contribuables assument leurs charges, garantissant ainsi les revenus réguliers de l’État.

L’illusion du volontariat et la gestion des fonds

Le recours à des souscriptions dites volontaires comme Faso mêbo soulève des critiques acerbes sur la transparence des finances publiques. Si les prélèvements obligatoires actuels sont destinés à financer les piliers régaliens que sont la défense, les infrastructures et les services essentiels, la pertinence de ces collectes parallèles est remise en question. Certains dénoncent une forme d’« arnaque morale » qui exploite le sentiment d’appartenance nationale pour pallier des insuffisances budgétaires ou une répartition inefficace des ressources.

Solliciter à nouveau les bourses d’une population déjà éprouvée par la crise économique revient, pour certains, à imposer une double taxation qui ne dit pas son nom. Payer deux fois pour les mêmes services publics semble de moins en moins acceptable pour une partie de l’opinion.

Une exigence de clarté dans l’économie nationale

Si la volonté des Burkinabès de bâtir leur pays est indéniable, leur besoin de clarté est tout aussi impérieux. L’utilisation de plateformes numériques et de comptes de dépôt en dehors du circuit budgétaire classique alimente les doutes. La construction durable d’une nation ne saurait reposer sur une succession de levées de fonds aux allures de tontine géante.

L’enjeu réside aujourd’hui dans une gestion rigoureuse et équitable du budget national. Plutôt que de multiplier les appels à la générosité populaire, l’État gagnerait à optimiser l’utilisation des impôts déjà perçus pour répondre aux défis de la société et de la politique actuelle.

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