Un recul historique mais des défis persistants
Le Maroc a franchi des étapes majeures dans la lutte contre l’exploitation des mineurs, mais le chemin vers une suppression totale de ce phénomène reste complexe. À Rabat, le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a dévoilé un rapport stratégique intitulé « Pour une politique publique effective d’éradication du travail des enfants au Maroc ». Ce document vise à proposer des solutions concrètes pour protéger les mineurs encore engagés dans les secteurs informels et les métiers à risque.
Les chiffres témoignent d’une transformation profonde de la situation sociale. Entre 1999 et 2024, le nombre d’enfants de 7 à 17 ans exerçant une activité économique a chuté de plus de 80 %, passant de 517 000 à environ 101 000 mineurs. Si cet effort est considérable et témoigne de l’efficacité des politiques passées, le CESE souligne que ces progrès ne permettent pas encore d’atteindre l’objectif final d’une éradication complète.
Une réalité sociale ancrée dans la vulnérabilité
Malgré l’interdiction légale du travail pour les moins de 15 ans, la pauvreté et la précarité socio-économique continuent de pousser certaines familles vers l’exploitation de leurs enfants. Une consultation citoyenne montre que 78 % des personnes interrogées considèrent que cette pratique est encore très répandue dans le Royaume. Les activités les plus visibles se concentrent souvent dans l’espace public :
- Commerce ambulant et transport de charges lourdes
- Lavage de voitures
- Mendicité ou exploitation par des réseaux de trafic
Le constat est d’autant plus préoccupant que près de six mineurs travailleurs sur dix sont exposés à des tâches dangereuses. Pour Abdelkader Amara, président du CESE, cette situation compromet le développement physique et psychologique des jeunes, tout en alimentant les inégalités sociales.
Des leviers d’action pour une protection renforcée
L’institution insiste sur le fait que la place naturelle de l’enfant se trouve au sein du système scolaire et des espaces d’éducation. Pour aligner la législation sur les réalités sociales et éducatives, plusieurs recommandations phares ont été formulées :
Réforme du cadre législatif
Le CESE préconise une révision du Code du travail et une mise à jour du décret de 2010 relatif aux travaux interdits aux mineurs. L’une des propositions majeures consiste à relever l’âge minimum d’accès à l’emploi à 16 ans. Cette mesure permettrait de faire coïncider l’entrée sur le marché du travail avec la fin de la scolarité obligatoire, garantissant ainsi une meilleure cohérence des politiques publiques.
Coordination et prévention
La lutte contre ce fléau passe également par une synergie accrue entre les institutions. Une convention-cadre a été signée entre le CESE et l’Observatoire national des droits de l’enfant (ONDE). Ce partenariat renforcé vise à intensifier les actions de prévention et de protection sur le terrain. L’objectif est clair : mettre fin à une pratique qui ne correspond plus aux ambitions de développement et de progrès social du Maroc.