La Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) a manifesté une opposition catégorique face à l’initiative de révision constitutionnelle impulsée par le président Félix Tshisekedi. Pour les prélats catholiques de la République démocratique du Congo, une telle modification de la Loi fondamentale risquerait de plonger les institutions dans une instabilité profonde tout en fragilisant les acquis démocratiques durement acquis. Cette prise de position officielle vient intensifier un débat politique qui sature l’actualité à Kinshasa depuis plusieurs mois.
L’Église catholique vent debout contre la modification des textes
À travers une déclaration d’une rare fermeté, la hiérarchie catholique juge totalement inopportune toute velléité de changement constitutionnel dans la conjoncture actuelle. La CENCO, dont l’influence sur la scène publique congolaise est historique, rappelle que la Constitution de 2006 constitue un socle de légitimité essentiel, issu d’un consensus national obtenu après une période de transition complexe. Les autorités ecclésiastiques craignent qu’une refonte du texte ne soit utilisée pour modifier les règles électorales au profit de l’exécutif actuel.
Dès le mois d’octobre 2024, le président Félix Tshisekedi avait pourtant défendu l’idée d’une nouvelle Constitution, estimant que le cadre actuel, rédigé selon lui sous influence extérieure, constituait un frein à l’essor du pays. Le chef de l’État envisageait la création d’une commission spéciale pour lancer les travaux en 2025. C’est précisément ce calendrier qui suscite l’inquiétude de l’épiscopat, rejoignant ainsi les préoccupations exprimées par une partie de la société civile et de l’opposition politique.
Une vigilance constante sur les verrous démocratiques
Cette levée de boucliers des évêques s’inscrit dans une logique de continuité. En 2015, sous la présidence de Joseph Kabila, la CENCO s’était déjà illustrée par son refus de voir les limites de mandats présidentiels modifiées. Son implication dans l’accord de la Saint-Sylvestre en 2016 avait d’ailleurs permis de désamorcer une crise majeure. Ce rôle historique de médiateur et de gardien des textes confère aujourd’hui une importance particulière à leur avertissement.
Les membres de l’épiscopat insistent sur l’existence de dispositions « intangibles » au sein de la Constitution, notamment celles concernant la durée et le nombre de mandats. Pour eux, toucher à ces piliers reviendrait à ouvrir une période d’incertitude institutionnelle dangereuse. Si l’entourage présidentiel assure qu’il s’agit uniquement de moderniser l’architecture de l’État sans chercher à prolonger le pouvoir en place, cet argument ne semble pas avoir convaincu les évêques, qui réclament plutôt un respect scrupuleux des lois en vigueur.
Ce bras de fer dépasse le simple cadre juridique. Dans une nation où plus de 40 % des citoyens se revendiquent catholiques, la voix de l’Église possède une résonance sociale majeure. Le message de fermeté a déjà commencé à être diffusé dans les paroisses lors des offices, témoignant d’une volonté de mobilisation à la base.
Un défi politique majeur pour Félix Tshisekedi
Bien que réélu en décembre 2023 avec une large majorité au Parlement, Félix Tshisekedi se heurte ici à une résistance morale de poids. La légitimité de la CENCO reste un facteur déterminant, d’autant que ses prises de position sont suivies avec attention par la communauté internationale. Le président doit désormais naviguer entre sa volonté de réforme et la pression exercée par une institution religieuse incontournable.
Ce débat constitutionnel surgit alors que la République démocratique du Congo fait face à des défis sécuritaires critiques dans l’est du pays, où les affrontements contre le M23 persistent au Nord-Kivu et au Sud-Kivu. Certains observateurs s’inquiètent qu’une crise politique autour de la Constitution ne détourne les ressources et l’attention des priorités militaires et humanitaires. À l’inverse, d’autres perçoivent cette réforme comme une tentative de renforcer l’autorité de l’État face aux menaces régionales.
L’issue de cette confrontation reste incertaine. Les mois à venir seront révélateurs de la stratégie qu’adoptera le pouvoir face à cette opposition frontale. Entre le Parlement, les forces vives de l’Union sacrée et la société civile, les positionnements vont s’affiner, mais l’épiscopat a déjà prévenu qu’il entendait jouer pleinement son rôle de contre-pouvoir moral dans ce dossier crucial pour l’avenir de la RDC.