Le gouvernement camerounais a lancé une feuille de route ambitieuse pour transformer sa gestion des déchets en un modèle d’économie circulaire. L’objectif ? Allouer 2 % du budget national à ce secteur d’ici 2030, contre 1,27 % actuellement.
Cette stratégie, élaborée par le ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire (Minepat), s’appuie sur des projections financières précises. En 2025, les dépenses liées à l’économie circulaire devraient atteindre 62,8 milliards de FCFA, tandis que la gestion des déchets coûtera près de 30 milliards de FCFA. Un effort supplémentaire de plus de 53 milliards de FCFA sera nécessaire pour atteindre l’objectif de 2 % du budget d’ici 2030.
Des défis majeurs en matière de gestion des déchets
Le Cameroun fait face à une production croissante de déchets, estimée à 6 millions de tonnes par an. Principalement issus des ménages, des marchés, des administrations et des entreprises, ces déchets sont aujourd’hui mal gérés. Seulement 50 % des déchets urbains sont collectés, et moins de 10 % sont recyclés.
À Yaoundé et Douala, la situation est alarmante. La production annuelle de déchets devrait dépasser 2,8 millions de tonnes d’ici 2040, aggravant les pressions sur des infrastructures déjà saturées. Le manque de tri à la source, la faible valorisation des déchets et les lacunes institutionnelles compliquent encore la situation.
Un autre enjeu critique concerne les déchets plastiques. Chaque jour, près de 1 300 tonnes de plastique sont rejetées dans l’environnement, tandis que seulement 250 tonnes sont collectées mensuellement et à peine 180 tonnes recyclées.
Réformes et investissements pour une transition écologique
Pour relever ces défis, les autorités camerounaises prévoient des réformes structurelles et des investissements massifs. Parmi les mesures envisagées :
- L’adoption d’un décret du Premier ministre intégrant les principes de l’économie circulaire dans les chaînes de valeur ;
- La révision de la législation environnementale pour renforcer les contrôles ;
- La création d’une Agence nationale de gestion des déchets ;
- La modernisation des centres de tri, de transfert et des décharges selon les normes internationales ;
- L’installation de biodigesteurs et d’unités de compostage pour valoriser les déchets organiques.
Sensibilisation et innovation au cœur de la stratégie
La feuille de route met l’accent sur des mesures incitatives pour encourager le recyclage communautaire. Des campagnes de sensibilisation au tri à la source et à la lutte contre les dépotoirs sauvages seront déployées. Par ailleurs, la formation et l’innovation dans les métiers du recyclage seront soutenues pour professionnaliser le secteur.
Un financement mixte public-privé
Le financement de cette transition ne reposera pas uniquement sur les fonds publics. Plusieurs leviers sont envisagés :
- Une amélioration de la fiscalité communale liée aux déchets ;
- La mise en place d’un système de responsabilité élargie du producteur pour financer la collecte et le recyclage ;
- Le développement de la Bourse nationale des déchets, une plateforme numérique facilitant les transactions de matières recyclables ;
- L’implication de partenaires internationaux comme la Banque africaine de développement (BAD), la Banque mondiale ou l’Agence japonaise de coopération internationale (JICA).