Derrière la visite de zeine au Libye de haftar : une guerre secrète pour le contrôle du Sahel ?
La poignée de main entre Ali Mahaman Lamine Zeine, Premier ministre nigérien, et Saddam Haftar à Benghazi le 1er novembre ne relève pas d’une simple formalité diplomatique. Ce protocole de coopération stratégique signé dans l’urgence révèle les coulisses d’un bras de fer silencieux qui oppose Alger au clan Haftar pour le contrôle des espaces désertiques du Sahel. Derrière les discours unanimes sur la « coopération fraternelle », une bataille géopolitique se livre, où chaque clause peut redessiner les équilibres régionaux.
Un protocole nigéro-libyen sous haute tension : l’Algérie dans le viseur
Le 25 octobre, le Parlement algérien validait l’envoi de troupes sur le sol nigérien, une première historique dans la région. Officiellement, Alger justifie cette décision par la protection de ses intérêts énergétiques, notamment son gazoduc transsaharien et ses investissements pétroliers. Mais sur le terrain, cette présence militaire s’inscrit dans une logique plus large : contrôler les corridors sahariens que le clan Haftar convoite aussi.
La base de Madama, abri potentiel des forces algériennes, se situe à quelques kilomètres de la frontière libyenne. Une position stratégique qui permet d’observer les mouvements des groupes armés, mais qui expose aussi Niamey à de nouvelles pressions externes. Car si Alger renforce ses positions, Benghazi ne reste pas inactive.
Le sud libyen, nouvelle zone de confrontation entre deux puissances
La région des trois frontières (Niger, Libye, Algérie) est devenue le théâtre d’une guerre d’influence où se croisent intérêts militaires, commerce illicite et flux migratoires. Le maréchal Khalifa Haftar, soutenu par Moscou et Abou Dhabi, étend méthodiquement son emprise sur le sud libyen, où des groupes armés hostiles à Niamey opèrent en toute impunité.
Alger, de son côté, redoute que l’expansion du clan Haftar ne coupe l’accès aux axes sahariens qu’elle contrôle partiellement. Les autorités nigériennes, prises en étau entre ces deux géants, multiplient les alliances pour éviter de devenir un pion dans cette partie d’échecs régionale.
Les groupes armés, pions invisibles d’une bataille de pouvoir
Les accusations de soutien à des mouvements rebelles, que ce soit depuis Benghazi ou Alger, restent floues. Pourtant, elles illustrent une réalité : le sud libyen est un vivier de groupes armés qui profitent des rivalités pour prospérer. Certains éléments pourraient être manipulés par le clan Haftar pour déstabiliser le Niger, tandis qu’Alger mise sur sa présence militaire pour sécuriser ses approvisionnements en gaz.
Dans ce contexte, la coopération avec Benghazi offre au Niger un levier inattendu : renforcer la surveillance sur son flanc est sans déclencher une confrontation directe avec Alger.
Benghazi contre Alger : une rivalité qui dépasse les frontières libyennes
Les relations entre l’Algérie et le clan Haftar sont empoisonnées par une méfiance historique. Alger préfère une solution politique inclusive en Libye et soutient les autorités de Tripoli, tandis que Benghazi construit ses propres réseaux d’alliances. La visite de Zeine à Benghazi, suivie de la signature du protocole, est perçue à Alger comme une provocation calculée.
Pourtant, le texte signé reste flou. Aucune mention explicite d’un engagement militaire contre l’Algérie. Mais dans un contexte où Niamey cherche à diversifier ses partenaires, ce rapprochement envoie un signal fort : le Niger ne veut pas être piégé dans une seule sphère d’influence.
Niamey, l’arbitre malgré lui d’un conflit qui s’étend
Le gouvernement nigérien fait face à un dilemme : comment concilier sécurité intérieure et souveraineté face à des pressions extérieures croissantes ? En s’alliant à Benghazi, il gagne en autonomie, mais prend le risque de s’attirer les foudres d’Alger. Tandis que les troupes algériennes progressent vers le nord, les forces de Haftar se renforcent au sud.
Cette stratégie de l’équilibriste pourrait bien se retourner contre Niamey si les tensions entre les deux puissances s’exacerbent. Déjà fragilisé par des crises internes et des menaces terroristes, le pays devient malgré lui l’épicentre d’une rivalité régionale.
Un jeu aux enjeux multiples : énergie, sécurité et survie politique
Derrière chaque décision, se cachent des intérêts économiques et stratégiques. Pour le Niger, l’enjeu est double : sécuriser ses frontières et garantir ses ressources naturelles. Pour l’Algérie, il s’agit de protéger un axe énergétique vital. Pour Benghazi, la priorité est de s’imposer comme un acteur incontournable dans le Sahel.
Dans cette partie, le Niger est loin d’être un acteur passif. Mais dans un jeu où les règles ne sont pas écrites, une erreur de calcul pourrait coûter cher à ses dirigeants.


