Déploiement du passeport AES : le point sur la situation au Sahel

L’Alliance des États du Sahel (AES) a entamé une mutation profonde de ses titres d’identité. Ce projet ambitieux, qui réunit le Burkina Faso, le Mali et le Niger, vise à instaurer un passeport biométrique commun pour cimenter l’intégration de la confédération.

Pourtant, sur le terrain, la mise en œuvre de ce nouveau document de voyage ne suit pas la même trajectoire selon les capitales.

Le Niger encore à l’heure de la Cédéao

Malgré l’annonce officielle du passage aux couleurs de l’AES, les autorités nigériennes continuent de délivrer des passeports estampillés du logo de la Cédéao. De nombreux citoyens, qu’ils soient résidents ou membres de la diaspora, font le même constat : lors d’un renouvellement ou d’une première demande, le document obtenu reste l’ancien modèle.

Un ressortissant du Niger témoigne de son étonnement après avoir reçu un passeport de la Cédéao pour son pèlerinage, alors qu’il s’attendait au nouveau format sahélien. Cette situation s’explique par une mise en place progressive des infrastructures techniques.

Passeport Cédéao du Niger

Le processus s’accélère néanmoins. Le général Abdourahamane Tiani a récemment marqué le coup d’envoi de la carte d’identité biométrique AES en procédant à son propre enrôlement. Pour la fabrication de ces titres sécurisés, le Niger s’appuie sur l’expertise de la firme libyenne Alitisal Aljadeed.

Avancées notables au Burkina Faso et au Mali

À l’inverse, les voisins burkinabè et maliens semblent avoir pris une longueur d’avance. Au Burkina Faso, la délivrance des nouveaux passeports et des cartes nationales d’identité aux couleurs de l’AES est déjà une réalité pour les demandeurs.

Du côté du Mali, après quelques hésitations initiales sur la reconnaissance internationale du document, le système semble désormais rodé. Des Maliens vivant à l’étranger confirment avoir obtenu leur passeport AES via les consulats et voyagent sans encombre entre l’Europe et Bamako.

Un passeport de l'AES

Une transition technologique et politique

Il est important de noter qu’une période de transition est en vigueur. Les détenteurs d’un passeport Cédéao en cours de validité peuvent s’en servir jusqu’à sa date d’expiration. Ce n’est qu’au moment du renouvellement que le passage au format AES devient obligatoire.

Techniquement, ce nouveau titre de transport répond aux exigences de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI). Il bénéficie d’une sécurité renforcée grâce à une puce électronique et des composants en polycarbonate, limitant ainsi les risques de contrefaçon.

Au-delà de l’aspect sécuritaire, ce changement de documents d’identité, incluant la Carte nationale d’identité biométrique (CNIB-AES) dont la production de masse a débuté en 2026, marque une rupture symbolique. Pour le Burkina Faso, le Mali et le Niger, c’est l’affirmation d’une souveraineté totale après leur départ de la Cédéao.

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