Décentralisation au Tchad : Albert Pahimi Padacké analyse le rôle des conseils provinciaux à l’ENA

L’École Nationale d’Administration (ENA) a récemment servi de cadre à une réflexion profonde sur l’organisation territoriale du pays. Dans le cadre de ses cycles de conférences prestigieux, l’institution a reçu Albert Pahimi Padacké, ancien Premier ministre et actuel sénateur, pour un débat axé sur la décentralisation comme moteur de croissance, avec un regard particulier sur les conseils provinciaux.

Devant une assemblée composée d’étudiants, de futurs cadres de la fonction publique et de figures politiques, l’administrateur civil de formation a partagé une analyse rigoureuse et pragmatique. Pour cet homme d’État, l’enjeu est de déterminer si les structures provinciales actuelles constituent déjà des leviers de progrès ou si elles doivent encore évoluer pour remplir cette mission.

Un ancrage historique et législatif solide

Le conférencier a replacé la thématique dans sa trajectoire historique, rappelant que la volonté de décentraliser le Tchad remonte aux résolutions de la Conférence Nationale Souveraine de 1993. Ce choix d’un État unitaire fortement décentralisé a été scellé par la Constitution de 1996, puis réitéré avec force dans la Loi fondamentale de décembre 2023, marquant l’avènement de la 5e République.

Sur le plan normatif, Albert Pahimi Padacké a cité les avancées juridiques majeures de l’année 2024, notamment les lois organiques n°14 et n°28, qui définissent respectivement le statut des collectivités et la répartition des compétences entre le pouvoir central et les provinces. Il a insisté sur le principe de subsidiarité, inscrit à l’article 271 de la Constitution, qui impose que les décisions soient prises au plus près des réalités locales.

Les défis d’une mise en œuvre effective

Malgré ce socle légal, l’ancien chef du gouvernement n’a pas occulté les difficultés qui freinent l’émancipation des conseils provinciaux. Il a notamment pointé du doigt :

  • La lenteur du transfert des ressources financières et humaines vers les collectivités.
  • Le manque de capacités techniques au sein des administrations locales.
  • Les zones d’ombre dans la coordination entre les autorités nommées par l’État et les élus provinciaux.
  • Les impératifs de transparence et de bonne gouvernance à l’échelle territoriale.

Vers une décentralisation réelle et dynamique

En guise de solutions, Albert Pahimi Padacké a préconisé une accélération du transfert des moyens, notamment par une redistribution équitable des recettes fiscales et pétrolières. Il a également plaidé pour une formation accrue des élus locaux et une implication plus forte des citoyens et de la société civile dans la gestion des affaires publiques.

En s’adressant aux futurs administrateurs, l’orateur a conclu que la réussite de ce chantier est indispensable pour garantir un développement harmonieux du Tchad et transformer l’administration en un service réellement proche des populations.

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