Le chef de l’État sénégalais, Bassirou Diomaye Faye, a officialisé ce lundi la composition de sa nouvelle équipe gouvernementale. Cette annonce survient dans un climat particulier, marqué par la décision radicale d’Ousmane Sonko de ne pas associer officiellement sa formation politique, le Pastef, à cette nouvelle administration.
Un exécutif remanié sous fond de tensions partisanes
Ce remaniement intervient peu de temps après que le président Faye a démis Ousmane Sonko de ses fonctions de Premier ministre, ce dernier ayant depuis pris la tête de l’Assemblée nationale. Cette séparation marque une rupture nette entre les deux anciens alliés qui avaient triomphé lors de la présidentielle de mars 2024.
Un désaccord profond sur le rôle de la majorité
La rupture a été confirmée par un communiqué d’Ousmane Sonko, évoquant des divergences majeures avec le président de la République. Bien que des points de convergence subsistent, le leader du Pastef a souligné un conflit de vision concernant la place et le rôle de la majorité au sein de l’appareil exécutif. Faute d’accord sur ses nouvelles propositions, il a affirmé que son parti ne serait pas officiellement représenté au sein du cabinet.
Pourtant, la liste présentée par le nouveau Premier ministre, Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô, contient des noms proches du mouvement patriote. Des personnalités comme Moussa Bala Fofana, nommé à l’Urbanisme, ou Yankhoba Diémé, qui prend le portefeuille des Forces armées, intègrent l’équipe, illustrant une composition hybride malgré le mot d’ordre de boycott.
Continuité et nouveaux équilibres pour l’économie du Sénégal
Dans cette équipe de 30 ministres, la stabilité prévaut pour certains portefeuilles stratégiques. Cheikh Diba conserve les Finances, tandis que Moustapha Mamba Guirassy reste à l’Éducation et Cheikh Tidiane Dièye à l’Assainissement. Ces reconductions suggèrent une volonté de maintenir le cap sur certains dossiers prioritaires alors que le pays traverse une période financière délicate.
Le nouveau Premier ministre a précisé que ce choix résultait de consultations incluant Ousmane Sonko, tout en rappelant la nécessité pour un homme d’État de placer l’intérêt de la patrie et de la République au-dessus des logiques de parti.
La fin du duo historique
Ce divorce politique clôt une ère symbolisée par le slogan « Sonko mooy Diomaye ». Les frictions, latentes depuis plusieurs mois, ont fini par éclater au grand jour. Le président Faye avait notamment critiqué une personnalisation trop forte du pouvoir par son ancien collaborateur, tandis que ce dernier pointait un manque d’autorité. Le Sénégal entre ainsi dans une phase d’incertitude institutionnelle, avec un leader de la majorité parlementaire désormais en opposition ouverte avec l’exécutif qu’il a contribué à installer.