Crise des libertés au Mali : l’ombre de l’arbitraire s’étend sur Bamako

Depuis un mois, le Mali traverse une période de turbulences juridiques inquiétante. Mountaga Tall, figure du barreau et ancien ministre, demeure détenu au secret par la Sécurité d’État. Cette arrestation, opérée en dehors de tout cadre légal, s’accompagne de l’enlèvement de son fils ainsi que de plusieurs autres voix critiques, incluant des militants pro-démocratie, des religieux et des militaires.

Mamadou Ismaïla Konaté, à Bamako, le 18 octobre 2017.

L’instrumentalisation de la lutte antiterroriste

Face à ces dérives, Mamadou Ismaïla Konaté, ancien ministre de la Justice, dénonce un climat d’arbitraire total. Pour lui, la lutte contre le terrorisme ne peut justifier l’insécurité juridique. « Un camp militaire n’est pas une juridiction », insiste-t-il, rappelant que l’État de droit se mesure au traitement réservé aux opposants et aux avocats. Le fait que Mountaga Tall n’ait pu recevoir aucune visite, pas même celle du bâtonnier, marque une étape préoccupante dans la répression à Bamako.

L’inquiétude grandit également quant à l’indépendance de la magistrature malienne. Alors que des partisans du régime de transition appellent impunément à la violence contre les militants pro-démocratie, des personnalités comme Moussa Mara sont condamnées à de la prison ferme pour une simple métaphore sur les réseaux sociaux. Cette situation donne l’image d’une justice soumise, incapable de s’opposer aux directives militaires par crainte de représailles.

Une opposition divisée face aux enjeux nationaux

Sur l’échiquier politique, l’unité reste complexe. Mamadou Ismaïla Konaté justifie son refus de rallier la Coalition des forces pour la République (CFR) de l’imam Dicko par le souvenir des événements de 2012. Il refuse de faire table rase des exactions commises lors de l’occupation du nord du pays. Pour lui, l’alliance entre les indépendantistes du FLA et les jihadistes du Jnim constitue un obstacle moral et politique majeur.

Enfin, l’ancien garde des Sceaux rejette fermement le discours des régimes de l’AES (Mali, Niger, Burkina Faso) qui assimile toute opposition à une trahison de la souveraineté nationale. Selon lui, les véritables ennemis de la patrie sont ceux qui bafouent les libertés et affament les citoyens. Malgré les apparences de force, il estime que le pouvoir actuel vacille, car le terrorisme et la répression ne peuvent constituer une base durable pour la paix civile.

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