Le Sahel semble avoir quitté le devant de la scène médiatique internationale. Ces derniers temps, les regards se sont tournés vers l’Ukraine, les tensions au Proche-Orient ou encore les évolutions politiques aux États-Unis avec l’administration Trump. Pourtant, loin des projecteurs, la situation sécuritaire et politique au Mali, au Burkina Faso et au Niger ne cesse de se dégrader.
Les autorités militaires, arrivées au pouvoir avec la promesse de restaurer la sécurité, peinent à contenir la menace terroriste. Au contraire, les attaques contre les populations civiles se multiplient. Aujourd’hui, cette zone géographique est devenue l’épicentre mondial de la violence jihadiste. Parallèlement, on observe un durcissement autoritaire où les libertés fondamentales et la liberté de la presse sont systématiquement bafouées.
Une insécurité grandissante et des conflits qui s’enracinent
Il y a une décennie, le Sahel était l’une des régions les moins touchées par l’extrémisme en Afrique. En 2024, le bilan est tragique : le nombre de victimes a triplé par rapport à 2021, atteignant plus de 11 000 morts. Au-delà des groupes armés, l’implication des forces de sécurité nationales et de leurs alliés de Russie dans la mort de milliers de civils aggrave la vulnérabilité des populations locales.
Le Mali face à une double pression sécuritaire
Depuis le départ de la MINUSMA en 2023, le Mali est confronté à une reprise des hostilités dans le Nord. L’armée malienne, soutenue par des éléments russes, combat désormais sur deux fronts : contre les mouvements séparatistes touareg et contre les organisations jihadistes. Si la reprise de la ville de Kidal a été présentée comme une victoire symbolique, elle n’a pas mis fin à l’instabilité.
En juillet 2024, une embuscade majeure à Tinzaouaten a infligé de lourdes pertes aux forces maliennes et au groupe Wagner. Plus récemment, des attaques audacieuses à Bamako, visant l’aéroport et une école de gendarmerie, ont souligné la capacité de nuisance du JNIM (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans). Les civils paient un tribut de plus en plus lourd, victimes tant des raids terroristes que des frappes de drones militaires.
Le Burkina Faso : un État en perte de contrôle
La situation au Burkina Faso est particulièrement alarmante. On estime que l’État a perdu l’autorité sur environ 60 % de son territoire. L’année 2024 a été marquée par le massacre de Barsalogho, où des centaines de civils ont péri alors qu’ils creusaient des tranchées de défense pour l’armée.
Pour compenser ses lacunes, le régime a intensifié le recrutement des Volontaires pour la défense de la patrie (VDP). Cette stratégie de militarisation de la société, bien que présentée comme une solution patriotique, attise les tensions ethniques, notamment envers la communauté peule. Ce climat de violence généralisée a provoqué le déplacement de plus de deux millions de personnes à l’intérieur du pays.
Le Niger : une dégradation rapide des indicateurs
Longtemps considéré comme plus stable que ses voisins, le Niger voit sa situation sécuritaire péricliter depuis le coup d’État de 2023. Les attaques contre les forces armées ont presque doublé en un an. Des massacres de civils, comme celui d’une mosquée en mars 2025 par l’État islamique au Grand Sahara (EIGS), illustrent la montée en puissance des groupes radicaux le long des frontières avec le Mali et le Burkina Faso.
Des transitions politiques sans fin
Initialement présentées comme temporaires, les transitions militaires dans l’Alliance des États du Sahel (AES) s’inscrivent désormais dans la durée. Au Mali, au Burkina Faso comme au Niger, les calendriers électoraux ont été repoussés, fixant parfois le maintien au pouvoir jusqu’en 2029. Les chefs de junte, à l’image du colonel Goïta ou du général Tchiani, consolident leur emprise en s’octroyant les plus hauts grades militaires et en modifiant les cadres constitutionnels.
Cette pérennisation du pouvoir militaire permet à ces régimes de redéfinir leurs alliances internationales, en se distanciant de la CEDEAO et de l’Union européenne au profit de nouveaux partenaires comme la Russie.
Le contrôle de l’information comme outil de survie
Face aux difficultés sur le terrain, les régimes de l’AES ont instauré un contrôle strict de l’espace médiatique. Les grandes chaînes internationales comme France 24, RFI ou TV5 Monde ont été suspendues. Les journalistes locaux subissent des pressions constantes, des arrestations arbitraires ou des enrôlements forcés dans l’armée en guise de sanction.
En restreignant l’accès à une information indépendante, les autorités imposent leur propre récit de la crise. Cependant, la réalité humanitaire reste indéniable : l’insécurité alimentaire menace plus de 50 millions de personnes en Afrique de l’Ouest, et le nombre de réfugiés atteint des sommets historiques.
Le silence médiatique actuel ne doit pas occulter l’urgence de la situation au Sahel. Si l’Union européenne semble réévaluer ses priorités, les conséquences de cette crise profonde finiront par se faire ressentir bien au-delà des frontières africaines. Il devient impératif de repenser les formes d’engagement pour soutenir les populations civiles prises en étau.