Face à l’impossibilité de transformer sa propre production, le Burkina Faso explore de nouvelles pistes commerciales. Les responsables de la transition politique ont récemment dévoilé leur intention de se rapprocher de l’Inde pour élargir les débouchés du coton burkinabè, surnommé « l’or blanc ». Si cette initiative est présentée comme une victoire diplomatique, elle révèle surtout l’incapacité persistante du pays à sortir de son rôle de fournisseur de matières premières non transformées.
En misant sur New Delhi, Ouagadougou espère réduire sa dépendance vis-à-vis de Pékin, qui absorbe actuellement l’essentiel de ses exportations de fibre. Cependant, cette stratégie ne résout en rien les défis structurels du secteur.
Un modèle économique toujours dominé par l’exportation brute
Le paradoxe persiste et frappe durement l’économie nationale. Malgré sa position de leader régional dans la production cotonnière, le Burkina Faso exporte plus de 90 % de sa récolte sans transformation. Résultat : le pays finance indirectement les industries textiles étrangères, autrefois occidentales, aujourd’hui asiatiques, tout en important des vêtements finis à des coûts prohibitifs.
Malgré les discours souverainistes portés par l’Alliance des États du Sahel (AES), le secteur cotonnier burkinabè reste prisonnier d’un modèle quasi colonial. L’annonce de l’achat par l’Inde est une solution temporaire qui évite, une fois de plus, d’investir massivement dans les infrastructures locales d’égrenage et de filature.
Des projets d’industrialisation en panne
À Bobo-Dioulasso, les ambitions de relance industrielle et de valorisation locale du coton peinent à se concrétiser. Les obstacles sont multiples : manque d’infrastructures énergétiques stables, instabilité sécuritaire et fuite des investisseurs étrangers. L’Inde, géant textile et protectrice de ses propres agriculteurs, n’a aucun intérêt à financer des unités de production concurrentes au Burkina Faso. Son objectif ? S’approvisionner en matière première à moindre coût.
En se focalisant sur la quête de nouveaux marchés lointains, le gouvernement évite le débat central : celui d’une véritable stratégie industrielle. Tant que le Burkina Faso ne parviendra pas à financer sa propre filière de transformation pour générer des emplois locaux, cette diversification vers l’Inde ne sera qu’un leurre économique.