Climat de tension au Burkina Faso après l’arrestation d’un imam influent

L’interpellation au Burkina Faso de l’imam Mohamed Ishaq Kindo, survenue juste avant les célébrations de la Tabaski, provoque une vive émotion. Si les raisons officielles de cette arrestation par les forces de sécurité demeurent inconnues, la Fédération des associations islamiques (Faib) a rapidement réagi en appelant au calme et au respect des institutions nationales.

Le jour de l’incident, aux alentours de 14 heures, des policiers et des militaires aux visages dissimulés ont procédé à l’arrestation du prédicateur sunnite. Des heurts ont éclaté lorsque des fidèles ont tenté d’empêcher l’opération, entraînant plusieurs blessés dans les rangs des civils.

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Un contexte législatif sous haute tension

Cette situation s’inscrit dans un climat délétère lié à un projet de loi sur les libertés religieuses. Ce texte, qui vise à renforcer la laïcité et à réguler les pratiques cultuelles dans l’espace public, est vivement critiqué par plusieurs organisations musulmanes qui en réclament l’annulation. Peu avant son arrestation, l’imam Kindo avait d’ailleurs diffusé un message audio invitant les dirigeants à mesurer les conséquences de leurs décisions politiques.

Suite à son interpellation, un rassemblement de soutien à Ouagadougou a été dispersé par les forces de l’ordre à l’aide de gaz lacrymogènes. Ce n’est pas une première : en mars dernier, l’imam Mahmoud Barro avait également disparu après s’être opposé publiquement à ce même projet de loi.

Suspension de l’Ugeb et restrictions des libertés

La pression s’accroît également sur le milieu estudiantin. L’Union générale des étudiants burkinabè (Ugeb) a été suspendue pour une durée de trois mois renouvelable, sous l’accusation d’apologie du terrorisme. Cette sanction fait suite à un texte publié par le syndicat pointant l’inefficacité de la lutte contre l’insécurité et le non-respect des engagements gouvernementaux.

Des organisations internationales de défense des droits humains s’inquiètent de cette dérive. L’Ugeb, active depuis 1960 pour les droits sociaux et la justice, est perçue comme un pilier de la société civile. L’ouverture d’une enquête judiciaire contre les auteurs de la publication renforce les craintes d’une instrumentalisation de la justice à des fins politiques par les autorités de transition.

Plusieurs voix s’élèvent pour demander l’arrêt immédiat des sanctions contre le syndicat étudiant et la fin des pressions sur les voix dissidentes. Le constat est amer : la peur s’installe durablement, rendant le travail d’information de plus en plus périlleux, alors que la contestation continue de gronder, notamment sur les plateformes numériques et dans les discussions privées des Burkinabè.

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