Cameroun : le FMI crucial pour combler 300 milliards fcfa en 2027

Le Cameroun mise sur un nouveau partenariat avec le Fonds monétaire international (FMI) pour sécuriser une partie majeure de son budget triennal 2027-2029. Dans le Document de programmation économique et budgétaire transmis au Parlement, Yaoundé prévoit en effet un appui financier de 300 milliards de FCFA, soit près de 9,5 % des 3 161,5 milliards de FCFA nécessaires pour équilibrer les comptes publics l’année prochaine. Cette dépendance illustre l’importance stratégique de l’institution de Washington pour l’économie camerounaise.

Le ministre des Finances, Louis Paul Motazé, défend depuis des mois la nécessité de conclure un nouvel accord. Lors du Conseil de cabinet du 30 octobre 2025, il a réitéré cet impératif, tandis que le Premier ministre a confié à la présidence la décision finale d’engager les négociations. Pourtant, l’inscription de ces 300 milliards dans le cadrage budgétaire 2027 révèle que l’exécutif camerounais anticipe déjà cette hypothèse comme centrale, quitte à en faire un scénario de référence incontournable.

Un déficit budgétaire colossal à combler

Le Cameroun devra affronter un déficit budgétaire de 1 018 milliards de FCFA en 2027, contre 808,5 milliards en 2026. Les 300 milliards issus d’un programme FMI couvriraient près de 30 % de ce gap. À cela s’ajoutent 2 143,5 milliards de FCFA de charges de trésorerie et de financement, principalement liées au remboursement de la dette, estimé à 1 602,5 milliards. Pour financer l’ensemble, l’État compte sur plusieurs leviers : 866,7 milliards de tirages sur prêts-projets, 400 milliards d’émissions de titres publics, 250 milliards de crédits bancaires directs et 131,5 milliards puisés dans les réserves de la BEAC. Un emprunt extérieur de 1 000 milliards est également envisagé, après une opération similaire prévue en 2026.

Le gouvernement qualifie l’absence d’accord avec le FMI de « risque majeur » pour la pérennité des finances publiques. Sans cet appui, Yaoundé devrait compenser par un endettement supplémentaire, une mobilisation accrue des ressources locales ou des compressions budgétaires. Or, le ministère des Finances souligne les limites du marché financier domestique de la Cemac, marqué par des taux élevés et une liquidité restreinte, rendant difficile le remplacement des financements concessionnels par des dettes commerciales.

Un effet domino sur les autres partenaires

Au-delà des fonds directs du FMI, un accord avec l’institution new-yorkaise agit comme un déclencheur pour d’autres bailleurs. La Banque mondiale, la Banque africaine de développement (BAD), l’Union européenne et les partenaires bilatéraux conditionnent fréquemment leurs soutiens à la mise en œuvre de réformes et à l’atteinte d’objectifs macroéconomiques validés par le FMI. Entre 2017 et 2025, ces programmes ont permis au Cameroun de lever environ 2 600 milliards de FCFA, un montant que Yaoundé craint de perdre sans renouvellement.

Pour réduire cette dépendance, l’exécutif camerounais envisage d’élargir l’assiette fiscale non pétrolière, moderniser les administrations fiscales et rationaliser les dépenses courantes afin de libérer des marges pour l’investissement. Louis Paul Motazé a d’ailleurs souligné que ces réformes sont indissociables de la crédibilité du pays auprès des institutions internationales.

Un verrou régional à franchir

La conclusion d’un accord avec le FMI pour le Cameroun ne dépend pas uniquement de Yaoundé. La Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) joue un rôle clé, car les programmes nationaux soutenus par le FMI nécessitent une cohérence régionale. Plusieurs critères doivent être remplis : alignement des politiques monétaires, reconstitution des réserves de change et convergence des trajectoires budgétaires des six États membres.

La revue des politiques communes de la Cemac, initialement prévue en décembre 2025, a été reportée. Les autorités invoquent des désaccords persistants sur l’harmonisation des réformes et l’absence d’assurances suffisantes. Bien que cette validation ne garantisse pas un accord bilatéral, elle en constitue une condition préalable indispensable. Sans elle, le Cameroun devra improviser des solutions de financement alternatives, au risque de fragiliser ses ambitions économiques.

Le calendrier est donc serré. En intégrant dès maintenant les 300 milliards de FCFA dans son plan de financement 2027, l’exécutif camerounais expose une partie de sa crédibilité à l’issue des négociations. Un retard prolongé pourrait contraindre Yaoundé à recourir massivement à la dette commerciale ou à réduire drastiquement ses dépenses, au moment où le pays affiche des ambitions d’investissement élevées.

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