Les dessous d’une sanction qui n’est pas un simple rappel à l’ordre
Derrière la décision du Conseil national de la communication (CNC) de suspendre Vision 4 pour un mois, se cache une mécanique de confrontation entre un régulateur et un groupe de presse. La chaîne, propriété de l’homme d’affaires Jean-Pierre Amougou Belinga, est interdite de « toute diffusion de programmes audiovisuels » pendant trente jours. Officiellement, le CNC reproche à ses responsables d’avoir contesté son autorité et de ne pas avoir répondu à une convocation. Mais cette suspension s’inscrit dans un contexte plus large : celui du procès très suivi de l’assassinat du journaliste Martinez Zogo devant le tribunal militaire de Yaoundé.
Une accumulation de manquements qui remonte à juin
L’histoire ne commence pas en septembre. Dès le mois de juin, Vision 4 avait déjà été sanctionnée, tout comme le journaliste Martial Thaddée Owona et son directeur Philippe Boni Menyene. En cause : la diffusion d’un reportage contenant, selon le régulateur, des déclarations portant atteinte à la dignité d’une avocate des parties civiles. Le CNC affirme que cette première sanction avait été « guère appliquée ». Pire, il reproche à la chaîne d’avoir depuis diffusé de nouveaux contenus mettant en cause cette même avocate. C’est cette récidive qui a précipité la décision de suspension.
Le groupe d’Amougou Belinga dans le viseur
La sanction ne s’arrête pas à la télévision. Le CNC a parallèlement suspendu pour un mois Jean-Claude Fouda Abega, directeur de publication du quotidien L’Anecdote, autre média appartenant au groupe de Jean-Pierre Amougou Belinga. Le journal avait publié un article contenant, selon le régulateur, des propos « non fondés, injurieux, offensants » envers la même avocate. Une double sanction qui montre que le régulateur vise l’ensemble de l’écosystème médiatique de l’homme d’affaires.
Le procès Martinez Zogo en toile de fond
Ces décisions interviennent alors que le procès de Martinez Zogo se poursuit devant le tribunal militaire de Yaoundé. L’animateur de radio avait été enlevé le 17 janvier 2023 près d’un poste de gendarmerie de la capitale. Son corps, nu et mutilé, avait été retrouvé cinq jours plus tard. Jean-Pierre Amougou Belinga est poursuivi pour complicité de séquestration, torture et assassinat. Il comparaît notamment aux côtés de l’ancien directeur de la Direction générale de la recherche extérieure (DGRE), Léopold Maxime Eko Eko, et du lieutenant-colonel Justin Danwe, accusé d’avoir dirigé le commando impliqué dans l’enlèvement du journaliste.
Ce que révèle cette suspension
Au-delà de la procédure disciplinaire, cette suspension met en lumière la tension entre la couverture médiatique d’une affaire sensible et les limites fixées par le régulateur. Pour le CNC, la remise en cause de son autorité et la répétition des manquements justifient une mesure ferme. Pour les observateurs, la sanction pose question : s’agit-il de faire respecter la déontologie ou de peser sur la manière dont une chaîne proche du principal accusé couvre le procès ? Le débat reste ouvert, alors que le procès, lui, continue.