Cameroun : après six ans de léthargie, le Conseil de la Magistrature renouvelé mais pas encore réactivé

Le 2 juin 2026, un décret présidentiel de Paul Biya a renouvelé la composition du Conseil Supérieur de la Magistrature (CSM), une institution clé restée inactive pendant près de six ans. Si cet acte met fin à une longue période d’incertitude, il ne garantit en rien la reprise imminente des travaux d’un organe dont la paralysie a laissé des centaines de carrières judiciaires en suspens.

Une attente interminable de six ans. Aucune réunion, aucune session, aucune décision. Durant toute cette période, le CSM, l’institution en charge de la gestion des carrières, des promotions et des sanctions des juges camerounais, a sombré dans un silence institutionnel profond.

Les conséquences sont lourdes : des magistrats en attente d’intégration, des avancements de carrière gelés et des procédures disciplinaires laissées sans conclusion.

Le décret signé par Paul Biya ce 2 juin 2026 redonne officiellement vie à l’institution en nommant ses membres. Cependant, une question demeure dans les couloirs des palais de justice : une simple signature peut-elle effacer six années d’immobilisme ?

Le contexte d’un renouvellement tardif

Le décret présidentiel vient clore une situation administrative et juridique précaire, qui perdurait depuis l’expiration des mandats des membres du Conseil en 2025. Ces mandats eux-mêmes s’achevaient dans le prolongement d’une inertie institutionnelle amorcée dès 2020.

La nouvelle composition du CSM mise sur la continuité. Sur les quatorze membres titulaires, dix sont reconduits. Le changement le plus notable est le remplacement d’Ali Mamouda par Goni Mariam, qui était auparavant membre suppléante. Chez les suppléants, quatre nouvelles personnalités font leur entrée : Alioum Fadil, Donald Malomba Esembe, Sockeng Roger et Sali Dairou. Ils succèdent à Abe Mikhael Ndra, Ernest Njumbe, Amadou Ali et Goni Mariam, désormais titulaire.

Le message est clair : la stabilité est privilégiée, sans signe apparent de rupture ou de réforme en profondeur.

Une institution centrale en état de veille

Pour saisir la portée de ce décret, il est essentiel de rappeler le rôle du Conseil Supérieur de la Magistrature. Présidé par le chef de l’État, cet organe constitutionnel est censé garantir l’indépendance de la justice en émettant des avis sur les nominations, les affectations et les sanctions des magistrats.

Dans les faits, ses sessions sont devenues inexistantes depuis 2020. Des sources concordantes au sein du monde judiciaire indiquent que les dernières réunions de travail remontent à la période antérieure à la crise sanitaire mondiale, laissant place à une inactivité quasi totale.

La chronique d’une paralysie institutionnelle

La situation s’est dégradée progressivement :

  • 2020 : Les dernières activités significatives sont enregistrées avant que l’institution ne tombe dans le silence.
  • 2021-2024 : Les dossiers s’entassent. Qu’il s’agisse de l’intégration de nouvelles promotions de juges, d’avancements, d’affectations ou de procédures disciplinaires, tout est à l’arrêt.
  • 2025 : Les mandats des membres expirent sans être renouvelés, plongeant le Conseil dans une incertitude juridique grandissante.
  • 2 juin 2026 : Le décret présidentiel renouvelle partiellement la composition, mais les centaines de dossiers en souffrance restent, pour l’heure, inchangés.

Les non-dits du décret présidentiel

Si la publication de ce décret est un acte administratif nécessaire, il est tout aussi révélateur par ses silences. Il nomme les nouveaux membres, mais n’apporte aucune réponse sur les questions essentielles : quand se tiendra la première session ? Comment les dossiers accumulés seront-ils traités ? Quelles garanties existent pour éviter une nouvelle période de paralysie ?

Aucune communication officielle n’a accompagné le décret pour annoncer un calendrier de travail ou la tenue prochaine d’une réunion. Or, le problème du CSM n’était pas seulement l’expiration des mandats, mais bien son absence de fonctionnement, deux problèmes qui appellent des solutions distinctes.

Un miroir de la gouvernance judiciaire

Cette longue période d’inactivité illustre une dépendance structurelle de certaines institutions camerounaises vis-à-vis du pouvoir exécutif. Lorsque l’organe garant de l’indépendance judiciaire, présidé par le chef de l’État, cesse de se réunir, il ne s’agit pas d’un simple dysfonctionnement technique. C’est le résultat d’un choix ou d’une négligence qui affecte directement la vie des magistrats et des justiciables.

L’indépendance de la magistrature repose sur des institutions fonctionnant de manière régulière et prévisible. Un organe dont les réunions dépendent de l’agenda présidentiel ne peut assurer cette mission de manière crédible.

Le véritable défi commence maintenant

Le renouvellement du 2 juin 2026 signale au moins une reconnaissance officielle que la situation ne pouvait plus durer. Cependant, pour les magistrats, les justiciables et les observateurs, un simple décret ne suffit pas. L’attente porte désormais sur des actions concrètes : la tenue de sessions de travail, l’examen des promotions bloquées et le traitement des procédures disciplinaires en souffrance.

Le véritable test pour la justice camerounaise ne réside pas dans la publication d’un texte, mais dans la convocation effective de la prochaine session du Conseil Supérieur de la Magistrature. C’est à ce moment-là que l’on saura si l’institution est véritablement sortie de sa léthargie.

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