Caisse des dépôts et consignations : un pilier clé pour financer les infrastructures du Cameroun

Caisse des Dépôts et Consignations : un pilier clé pour financer les infrastructures du Cameroun

Face à la réduction des financements extérieurs traditionnels, le Cameroun mise sur la mobilisation de l’épargne intérieure pour soutenir son développement. La Caisse des Dépôts et Consignations (CDEC), lancée en 2023, incarne cette stratégie en transformant des ressources autrefois dormantes en investissements structurants.

Équipe de rédaction
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Face aux difficultés croissantes d’accès aux financements internationaux, le Cameroun a choisi de se tourner vers ses propres ressources pour bâtir son avenir. Depuis son opérationnalisation en janvier 2023, la Caisse des Dépôts et Consignations (CDEC) incarne cette volonté en jouant un rôle clé dans le financement des infrastructures. « Le Cameroun, comme la majorité des économies africaines, fait face depuis plusieurs années à une contraction de l’accès aux financements extérieurs traditionnels », observe Patrick Duprix Anicet Mani. « Dans ce contexte, la mobilisation de l’épargne intérieure devient un impératif stratégique. C’est précisément la mission assignée à la CDEC. »

Un héritage inspiré du modèle français

La CDEC s’inspire directement de la Caisse des Dépôts française, un modèle éprouvé depuis des décennies. Cette dernière a démontré sa capacité à transformer des fonds réglementés (Livret A, fonds notariaux, comptes inactifs) en leviers de développement durable. Trois mécanismes principaux guident son action :

  • Centralisation des ressources : collecte de fonds auprès d’institutions sécurisées
  • Transformation des dépôts : conversion de ressources à court terme en prêts à long terme, garantis par l’État
  • Effet multiplicateur : chaque franc collecté finance des projets structurants comme le logement social, la rénovation urbaine ou les infrastructures numériques

La CDEC camerounaise adopte cette même architecture, avec pour objectif de sécuriser et rentabiliser l’épargne nationale sur le long terme, tout en soutenant les politiques publiques.

Une montée en puissance concrète

Trois ans après son lancement, les premiers résultats sont tangibles. La CDEC a déjà centralisé plus de 151 milliards de FCFA (environ 260 millions de dollars), un chiffre significatif mais encore modeste au regard du potentiel estimé à plus de 1 000 milliards de FCFA d’épargne dormante dans le système bancaire camerounais.

Plusieurs étapes ont marqué son déploiement :

  • Cadre juridique solide : la loi de 2008 et le décret de 2011 définissent les quatre catégories de ressources mobilisables, allant des dépôts bancaires aux consignations judiciaires
  • Collecte contraignante : un décret de décembre 2023 impose aux banques, assurances et notaires de transférer les fonds consignés sous peine de sanctions financières
  • Résultats encourageants : malgré des résistances initiales, la dynamique s’accélère avec une collecte qui devrait s’intensifier dans les années à venir

Vers une banque d’investissement dédiée

L’ambition infrastructurelle de la CDEC passe par la création d’une filiale bancaire spécialisée, dont l’étude de faisabilité a été lancée en février 2025. Cette entité aura pour vocation de :

  • Financer les grands projets : accompagner l’État et les collectivités dans la réalisation d’infrastructures majeures
  • Soutenir les PME : faciliter leur accès aux marchés publics et aux financements longs
  • Stimuler l’innovation financière : introduire de nouveaux produits adaptés aux besoins du marché camerounais
  • Renforcer l’attractivité économique : attirer des investisseurs grâce à des outils de garantie et de crédit-bail

Ce projet marque un tournant décisif : la CDEC passe d’un rôle de simple gestionnaire de fonds à celui d’investisseur stratégique, sur le modèle de la Banque des Territoires en France.

Des champs d’application vastes

Les domaines prioritaires identifiés reflètent les défis majeurs du Cameroun :

  • Logement social : financement de programmes comme les 10 000 logements, inspiré des prêts HLM français
  • Infrastructures urbaines : modernisation de la voirie et assainissement des grandes villes comme Yaoundé et Douala
  • Numérique : extension de la couverture haut débit en zones rurales
  • Décentralisation : soutien financier aux collectivités territoriales pour renforcer leur autonomie
  • Transport : développement de corridors routiers, du port de Kribi et des axes ferroviaires

Les défis à relever

Pour concrétiser cette ambition, plusieurs conditions devront être remplies :

  • Rendre la collecte effective : certaines institutions financières traînent encore des pieds, comme en témoignent les retards dans les transferts de fonds
  • Garantir transparence et crédibilité : la confiance des épargnants et des consignataires est essentielle pour attirer davantage de ressources
  • Développer une expertise technique : le financement d’infrastructures exige des compétences pointues en montage de projets et gestion des risques
  • Coordonner avec les partenaires : éviter les chevauchements avec les bailleurs internationaux pour maximiser l’impact des financements

En conclusion, la CDEC dispose désormais des fondations nécessaires pour devenir un acteur central du développement camerounais. Sa capacité à mobiliser l’épargne nationale et à la transformer en investissements durables offre une alternative crédible aux financements extérieurs traditionnels. Le lancement imminent de sa filiale bancaire dédiée représente une étape cruciale, mais son succès dépendra de l’efficacité avec laquelle elle saura collecter les fonds, développer son expertise et gagner la confiance des acteurs économiques.

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