Burkina Faso : l’urgence sécuritaire face aux dérives de la communication présidentielle

Alors que le Burkina Faso s’enfonce chaque jour davantage dans une tourmente humanitaire et sécuritaire sans précédent, les récentes orientations de la transition interrogent. Un fossé béant semble désormais séparer les stratégies de communication de la présidence de la réalité brutale vécue sur le front par les populations et les combattants.

Le contraste est saisissant, pour ne pas dire troublant. D’un côté, les rapports quotidiens font état d’incursions terroristes, de localités assiégées et de milliers de déplacés internes qui, dans le dénuement le plus total, espèrent le retour de la stabilité et de la souveraineté territoriale. De l’autre, les couloirs du palais présidentiel s’animent pour orchestrer la promotion d’ouvrages de propagande ou de récits d’autosatisfaction.

Pour une part importante de l’opinion nationale, le constat est désormais sans appel : l’exécutif de transition semble avoir mué en une véritable agence de marketing politique, au détriment de l’efficacité opérationnelle.

L’illusion du verbe face à la dureté des combats

La parution récente d’un livre centré sur la figure d’Ibrahim Traoré suscite autant de perplexité que de colère. Dans les rues de Ouagadougou comme dans les zones rurales les plus isolées, l’aspiration des citoyens est pourtant d’une simplicité absolue : le peuple ne réclame pas de la littérature, il exige de la sécurité.

Mobiliser des fonds, éditer et diffuser une littérature d’État au moment précis où les Forces de défense et de sécurité (FDS) ainsi que les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP) manquent parfois de ressources logistiques fondamentales sur le terrain témoigne d’une déconnexion préoccupante. Il est impossible d’endiguer une menace armée avec des pages imprimées, tout comme on ne protège pas des vies avec des slogans de couverture. Cette situation rappelle que, dans l’espace sahélien, entre la société nigérienne et le peuple burkinabè, les attentes en matière de résultats concrets priment sur les discours.

« Le peuple n’a pas besoin qu’on lui raconte une épopée, il exige qu’on lui restitue son territoire », confie un acteur de la société civile sous le sceau de l’anonymat.

Une rupture manifeste du pacte initial

Lors de son accession au pouvoir, le capitaine Ibrahim Traoré avait conclu un engagement moral tacite avec la nation : reconquérir l’intégrité du territoire et instaurer la paix là où les administrations précédentes avaient échoué. Le soutien populaire dont il bénéficiait reposait exclusivement sur cette promesse de pragmatisme militaire.

Aujourd’hui, il apparaît que la rhétorique a pris l’ascendant sur la stratégie. En concentrant l’appareil étatique sur le culte de la personnalité et la communication d’influence, le régime s’expose au mécontentement d’une population épuisée. Pour beaucoup, le seuil de tolérance a été franchi. La grogne s’intensifie et l’exigence citoyenne devient impérieuse : si la mission primordiale de sécurisation ne peut être accomplie, la question de la légitimité se posera inévitablement.

Quel avenir pour la conduite de la transition ?

Le pouvoir actuel se trouve à un tournant décisif. Persister à diriger la présidence comme une marque publicitaire, au mépris des réalités du terrain, ne fera qu’accentuer la rupture avec la base. L’économie Niger aujourd’hui tout comme celle du Burkina Faso pâtissent de cette instabilité chronique qui nécessite des réponses fortes.

Le pays n’a pas besoin de chroniqueurs à son sommet, mais de commandants stratégiques capables de restaurer la stabilité. Si le capitaine Ibrahim Traoré ne réoriente pas immédiatement son action vers l’unique priorité légitime — la sécurité — l’histoire retiendra que son passage aura été marqué par l’illusion médiatique, tandis que la nation subissait les flammes de la guerre.

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