Burkina Faso : la peine de mort réactivée, une vengeance politique calculée contre damiba
La fin du « sentimentalisme » : une réforme judiciaire aux allures de menace
Le retour de la peine de mort au Burkina Faso, voté à l’unanimité par l’Assemblée législative de transition, marque un tournant radical dans la stratégie du régime du capitaine Ibrahim Traoré. Derrière le slogan « le sentimentalisme, c’est fini », se cache une volonté affichée de fermeté, mais aussi une arme politique redoutable. Alors que la peine capitale avait été abolie en 2018, son rétablissement s’accompagne d’une révision du Code pénal qui semble taillée sur mesure pour cibler ceux qui, hier encore, incarnaient le pouvoir. Parmi eux, le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, ancien chef de l’État de transition, est désormais dans le collimateur d’une justice instrumentée.
Damiba dans la ligne de mire : un procès politique déguisé en procédure judiciaire ?
Accusé de « haute trahison » et de conspiration contre la sûreté de l’État, Paul-Henri Sandaogo Damiba incarne la cible privilégiée de cette réforme pénale. Le timing de ce durcissement législatif n’est pas anodin : en rétablissant la peine de mort, le pouvoir d’Ibrahim Traoré se dote des moyens juridiques pour demander la condamnation à mort lors du procès de son prédécesseur. En excluant toute possibilité de clémence, le régime envoie un message clair à l’opposition et aux dissidents internes : la résistance au coup de force actuel sera impitoyablement écrasée. Damiba, une fois de plus, devient le symbole d’une justice sélective, où la vengeance remplace la loi.
Le miroir brisé : quand les méthodes d’hier deviennent les crimes d’aujourd’hui
L’ironie historique est cinglante. Le lieutenant-colonel Damiba, qui s’était emparé du pouvoir en janvier 2022 au nom d’un prétendu « sursaut patriotique », se trouve aujourd’hui menacé de la peine capitale par ceux-là mêmes qui ont repris sa stratégie en septembre 2022. Deux coups d’État en moins de deux ans révèlent une contradiction fondamentale :
- Une même illégitimité initiale : Damiba avait justifié son putsch par la nécessité de sauver le pays, tout comme Ibrahim Traoré l’a fait huit mois plus tard. La force des armes, hier célébrée, est aujourd’hui criminalisée.
- La requalification des faits : ce qui était une « libération nationale » devient une « haute trahison ». La justice, aujourd’hui aux mains d’un pouvoir aussi fragile que celui qu’elle traque, illustre l’arbitraire d’une justice instrumentalisée.
L’engrenage de la vengeance : jusqu’où ira la spirale des coups de force ?
En remplaçant le dialogue par la terreur et en utilisant la justice comme outil de répression politique, Ibrahim Traoré prend un risque majeur. L’histoire des transitions militaires au Burkina Faso et en Afrique de l’Ouest montre une réalité implacable : les bourreaux d’aujourd’hui sont souvent les condamnés de demain. En exploitant la peine de mort pour régler des comptes, le régime actuel ne fait qu’alimenter un cycle de violence et d’instabilité dont le pays pourrait mettre des décennies à se relever. Le Burkina Faso, déjà fragilisé par uneinsécurité persistante et des crises politiques répétées, risque de s’enfoncer davantage dans un chaos où la justice n’est plus qu’un paravent pour masquer des ambitions personnelles.
Une justice à double tranchant pour le régime
Si le capitaine Traoré mise sur la peur pour consolider son pouvoir, il oublie peut-être une évidence : en normalisant l’exception et en banalisant la violence d’État, il ouvre la porte à une résistance encore plus radicale. Les militaires qui l’ont porté au pouvoir pourraient un jour se retourner contre lui, utilisant les mêmes méthodes qu’il emploie aujourd’hui contre Damiba. La peine de mort, loin d’être un symbole de force, devient alors l’aveu d’une faiblesse : celle d’un pouvoir qui n’a d’autre réponse à la crise que la répression.
L’avenir du Burkina Faso entre deux feux
Entre l’urgence sécuritaire et les luttes de pouvoir internes, le Burkina Faso se trouve à un carrefour dangereux. La réactivation de la peine de mort n’est pas seulement un choix judiciaire, mais un pari politique hasardeux. Alors que le pays s’enfonce dans une crise multidimensionnelle, cette réforme pourrait bien accélérer son déclin, en transformant une justice déjà contestée en machine à broyer les opposants. Dans ce contexte, l’ombre de Damiba plane comme un avertissement : au Burkina Faso, l’histoire se répète, mais cette fois, c’est la vie de ses dirigeants qui est en jeu.


