Bénin-Niger : la réouverture de la frontière se précise après trois ans de fermeture
Le 20 juin, le ministre nigérien de l’Intérieur, le général Mohamed Toumba, s’est rendu au Bénin pour échanger avec les experts chargés du dossier de la réouverture de la frontière commune. Il a fixé trois préalables : un accord de défense, un accord de sécurité garantissant la non-utilisation réciproque des territoires, et une transparence totale sur les dispositifs étrangers près de la frontière. Le Bénin a-t-il des motifs de refuser ces exigences ?
Il faut replacer cela dans le cadre normal d’une négociation. Chaque partie cherche à obtenir le maximum avant de faire des concessions. Sur le fond, le Bénin ne peut pas rejeter ces principes, d’autant qu’un accord de défense existait déjà avant sa dénonciation par le Niger en septembre 2023. Concernant la transparence, le Bénin a déjà communiqué à plusieurs reprises pour rassurer sur l’absence de bases étrangères. Ce point relève surtout d’un besoin de communication. Le troisième préalable est plus délicat et fera probablement l’objet de discussions approfondies. Il n’est pas certain que toutes les conditions soient acceptées en l’état.
Après la visite de Romuald Wadagni au Niger début juin, un comité d’experts a été chargé de recenser les points de blocage avant de proposer les conditions de la réouverture. Quels sont ces points de blocage, au-delà des trois conditions ?
Le principal point de blocage est l’absence de garantie pour le Niger que son territoire ne soit pas violé par des forces étrangères. Cela concerne surtout la France, avec qui le Niger est en froid, alors que le Bénin maintient des relations normales, y compris militaires. C’est le cœur du problème. Cependant, ce n’est pas insurmontable. Les deux parties ont manifesté une volonté politique de rapprochement. Le Niger cherche avant tout à être rassuré sur l’absence d’intentions hostiles à ses frontières.
La fermeture de la frontière depuis trois ans a eu de nombreuses conséquences sur le quotidien des populations riveraines, sur les routiers, mais aussi sur les plans économique et sécuritaire. Une réouverture n’est-elle pas inévitable pour les deux économies et pour résoudre une partie des problèmes de sécurité ?
C’est un point fondamental. Il faut aussi rappeler que la fermeture n’est pas imputable qu’au Bénin ; le Niger y a également contribué. Le port de Cotonou est la porte d’entrée naturelle du Niger. Le coût d’opportunité est très élevé pour les deux pays. Les économies béninoise et nigérienne pâtissent de cette situation. Les deux parties ont donc tout intérêt à trouver une solution rapide. Pour l’économie du Niger aujourd’hui, la réouverture est cruciale.