Au Mali, les coulisses obscures d’un conflit qui broie les civils : qui protège vraiment les populations ?
Derrière le voile des déclarations officielles et des rapports diplomatiques, une vérité crue émerge : au Mali, les civils paient le prix fort d’un conflit où toutes les forces en présence semblent se partager les rôles dans l’ombre. Des frappes aveugles aux exécutions sommaires, en passant par la destruction systématique d’infrastructures vitales, les mécanismes de violence se révèlent bien plus complexes qu’une simple escalade des combats. Comment expliquer que, malgré les engagements internationaux, les populations civiles continuent de subir l’intensification des exactions ?
Les alliances troubles et les zones grises du conflit malien
Le centre et le nord du Mali sont devenus le théâtre d’une guerre où les frontières entre belligérants s’effritent, brouillant les responsabilités. Les forces armées maliennes, leurs alliés locaux comme les milices Dozo, et les groupes armés insurgés agissent parfois en cascade, créant un climat d’insécurité propice aux abus. Les alliances fluctuantes entre ces acteurs – tantôt coopératifs, tantôt antagonistes – rendent d’autant plus difficile la protection des populations.
Les milices Dozo, souvent présentées comme des forces de sécurité complémentaires, sont accusées d’exactions ciblées. Leur proximité avec les forces régulières complique leur distinction, laissant les civils dans une zone de non-droit où chaque groupe se renvoie la responsabilité des violences.
Des frappes aériennes aux conséquences meurtrières
Le 19 août 2026, une frappe de drone sur le marché de Tombonkore, dans la région de Bandiagara, a fait six morts et plus de vingt blessés parmi les civils. Aucun élément ne prouvait la présence de combattants du GSIM à proximité au moment de l’attaque. Pourtant, les autorités maliennes n’ont jamais reconnu leur implication directe. Comment justifier l’impunité de telles opérations alors que les règles du droit international humanitaire sont clairement transgressées ?
La destruction des infrastructures : une stratégie délibérée ?
Le 29 juillet, un drone militaire a endommagé un centre de santé à Talahandak, dans la région de Kidal. Les services médicaux, déjà fragilisés par l’insécurité, se trouvent ainsi privés de moyens essentiels. Les structures médicales, protégées par le droit de la guerre, deviennent des cibles privilégiées, aggravant une crise humanitaire déjà critique. Qui tire bénéfice de cette stratégie destructrice ?
Les civils, otages invisibles de la guerre
Les représailles contre les populations, qu’elles soient présumées complices ou simplement présentes au mauvais endroit, se multiplient. Le 12 juillet, cinq jeunes filles âgées de 10 à 13 ans ont été tuées par des soldats maliens dans une rizière près de Niono. Les militaires ont évoqué une confusion avec des assaillants, mais comment expliquer une erreur aussi grossière dans une zone sous contrôle ?
Dans la région de Mopti, des miliciens Dozo ont abattu trois civils les 27 et 28 juillet, sans que les autorités ne prennent de mesures immédiates. L’absence de transparence nourrit un climat de méfiance, où chaque partie rejette la faute sur l’autre, laissant les familles dans l’ignorance et l’impunité.
Les groupes armés : entre propagande et crimes de guerre
Les groupes jihadistes et séparatistes ne sont pas en reste. Le 18 juillet, près de Tabrichat, dans la région de Gao, des combattants du GSIM et du Front de libération de l’Azawad (FLA) ont attaqué un convoi militaire, exécutant au moins 19 prisonniers. Ces actes, filmés et documentés, soulèvent des questions sur la légitimité de ces groupes et leur respect – ou non – des conventions de Genève.
Pourtant, malgré la gravité de ces exactions, les réponses internationales restent limitées. Les victimes, elles, continuent de compter les leurs sans obtenir justice.
L’Union africaine peut-elle inverser la tendance ?
Face à l’urgence, Human Rights Watch a appelé le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine à organiser une session dédiée à la protection des civils. L’organisation exige des enquêtes indépendantes, des comptes rendus publics et une responsabilisation de tous les acteurs. Mais les promesses suffiront-elles à briser le cycle de la violence ?
Le silence des autorités maliennes, notamment du ministre de la Défense qui n’a jamais répondu aux questions soulevées par HRW, en dit long sur les défis à relever. Sans une volonté politique claire et des actions concrètes, la protection des civils restera un vœu pieux.
Que faire pour briser l’impunité ?
Trois pistes pourraient, ensemble, inverser la tendance :
- Des enquêtes indépendantes : Il est impératif que des missions neutres, dotées de moyens suffisants, enquêtent sur chaque exaction et publient leurs conclusions sans délai.
- Une coopération régionale renforcée : Le Sahel ne peut régler seul ses crises. Les pays voisins doivent s’impliquer davantage dans la traque des responsables et la protection des populations.
- La pression diplomatique et médiatique : Les partenaires internationaux du Mali doivent conditionner leur aide à des progrès tangibles en matière de droits humains et de transparence.
Le temps des déclarations solennelles est révolu. Il est désormais temps d’agir, avant que le Mali ne sombre définitivement dans une spirale de violence sans fin.


