Le Burkina Faso a longtemps été perçu comme un modèle de stabilité en Afrique de l’Ouest, malgré les critiques envers les méthodes de gouvernance de son ancien président, Blaise Compaoré. Pendant près de trois décennies, son régime a été marqué par des accusations de concentration du pouvoir et de restriction des libertés démocratiques. Pourtant, une question persiste aujourd’hui chez les Burkinabè : la sécurité des populations est-elle mieux assurée aujourd’hui qu’hier ?
Un passé sous le signe de la stabilité, malgré les controverses
Blaise Compaoré a dirigé le Burkina Faso de 1987 à 2014, une période durant laquelle le pays n’était pas encore en proie aux violences terroristes qui allaient ensuite ravager le Sahel. Les habitants circulaient librement, les agriculteurs travaillaient leurs terres sans crainte, et les familles voyageaient sans redouter les attaques. Si son pouvoir était souvent contesté, notamment pour son manque d’alternance démocratique, la sécurité des citoyens n’était pas alors la principale préoccupation.
Cette époque, bien que marquée par des débats politiques intenses, offrait une forme de stabilité que beaucoup de Burkinabè regrettent aujourd’hui. Les critiques envers l’ancien régime ne doivent pas occulter cette réalité : un État doit avant tout garantir la sécurité de ceux qu’il gouverne. Sans cela, les réformes et les discours perdent une grande partie de leur valeur.
Le capitaine Traoré face à l’épreuve de la réalité sécuritaire
Depuis le coup d’État de 2022 qui a porté le capitaine Ibrahim Traoré au pouvoir, les attentes étaient immenses. Les nouvelles autorités avaient promis une reconquête militaire des territoires occupés, une réduction des violences et une meilleure protection des populations. Pourtant, près de deux ans après cette prise de pouvoir, les résultats sur le terrain restent mitigés.
Les communiqués officiels mettent en avant les avancées des forces armées, les opérations de sécurisation et les victoires contre les groupes armés. Mais dans les faits, les attaques persistent, certaines zones restent isolées, et les axes routiers continuent de représenter des dangers. Pour une partie des Burkinabè, ces annonces peinent à se concrétiser dans leur quotidien. La sécurité, promise en priorité, reste un défi majeur.
L’exil, un constat accablant pour le pouvoir en place
Le signe le plus criant de l’échec sécuritaire actuel réside dans l’exode massif des populations. Chaque semaine, des familles quittent leurs villages, abandonnent leurs terres et leurs commerces pour se réfugier dans des zones plus sûres ou franchir les frontières vers des pays voisins. Aucun peuple ne choisit l’exil par plaisir : il s’agit d’un choix par défaut, dicté par l’absence de sécurité dans son propre pays.
Ce phénomène, bien plus que les statistiques ou les discours officiels, illustre l’incapacité de l’État à remplir sa mission première : protéger ses citoyens. Quand des milliers de personnes préfèrent vivre dans l’incertitude à l’étranger plutôt que dans leur foyer, cela révèle une perte de confiance profonde dans les institutions.
Souveraineté et sécurité : deux priorités qui peinent à se concilier
Ibrahim Traoré incarne un discours axé sur la souveraineté nationale, la rupture avec les anciennes puissances et le patriotisme. Ces thèmes séduisent une frange de la population, en quête d’indépendance et de fierté retrouvée. Mais la souveraineté ne se résume pas à des mots : elle se mesure à l’aune de la capacité d’un gouvernement à exercer son autorité sur l’ensemble du territoire et à assurer la sécurité de ses habitants.
Un paradoxe frappe les observateurs : ceux qui dénonçaient autrefois les méthodes de Blaise Compaoré semblent aujourd’hui moins critiques envers le régime actuel. Cette différence de traitement alimente les suspicions d’un double standard, où les dirigeants sont jugés selon des critères variables. Pourtant, la question centrale reste la même : quel est le rôle premier d’un État ? Pour la majorité des Burkinabè, la réponse est claire : protéger avant tout.
Le bonheur des Burkinabè, une équation encore à résoudre
Un pays ne se définit pas seulement par les discours de ses dirigeants ou leur popularité. Il se mesure à l’aune de la tranquillité de ses villages, de la sécurité de ses routes, de l’accès à l’éducation et aux marchés, et de la confiance des familles dans leur avenir. Tant que des Burkinabè devront fuir leur terre pour trouver la paix, le bilan du pouvoir actuel restera incomplet.
L’histoire retiendra moins les promesses que les actes. Et pour les Burkinabè, la priorité absolue reste inchangée : vivre en sécurité, dignement, et librement, dans un pays où la stabilité n’est pas un lointain souvenir, mais une réalité quotidienne.