×

Armée malienne : révélations sur les failles internes qui alimentent l’ennemi

Armée malienne : révélations sur les failles internes qui alimentent l’ennemi

Derrière les discours officiels célébrant la « souveraineté retrouvée » et la « robustesse » des Forces armées maliennes (FAMa), la réalité jugée devant le Tribunal militaire de Mopti à Sévaré révèle une tout autre histoire. Avec 72 accusés, dont 69 soldats, traduits pour 43 affaires allant du trafic d’armes à la désertion, en passant par des violations graves des droits humains, c’est une crise institutionnelle profonde qui se démasque. Ces procédures judiciaires lèvent le voile sur des dysfonctionnements structurels qui, loin de renforcer la sécurité du pays, nourrissent directement la menace terroriste.

Écoutez cet articleEnviron 4 min

Le paradoxe meurtrier : des armes publiques au service des groupes jihadistes

Parmi les dossiers examinés, une proportion alarmante concerne la disparition, le vol ou le détournement d’armes, de munitions et d’équipements militaires. Ce phénomène n’est pas anodin : il expose une fuite systémique de matériel vers les mains du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) et de l’État islamique au Grand Sahara (EIGS). Ironie tragique, alors que Bamako dénonce les soutiens extérieurs des organisations terroristes, c’est bien depuis l’intérieur des casernes et des dépôts que ces groupes s’approvisionnent. Ainsi, le budgets national, destiné à protéger les Maliens, se retourne contre eux, transformant l’arsenal étatique en une arme à double tranchant.

Désertions et violences : les fractures d’une armée en déroute morale

Autre symptôme de cette hémorragie interne : l’explosion des cas de désertion. Classés comme la deuxième catégorie d’infractions les plus fréquentes par le parquet militaire, ces abandons de poste trahissent un épuisement profond et une perte de cohésion au sein des troupes. Les appels à la discipline et aux valeurs de sacrifice, martelés par l’état-major, sonnent creux face à cette réalité. Pire encore, le tribunal doit statuer sur des affaires d’assassinats, de tortures, de séquestrations et de violences sexuelles perpétrées par des militaires contre des civils. Ces exactions, en plus de violer les droits fondamentaux, saperont la confiance des populations — un capital essentiel dans la lutte contre l’insurrection.

En aliénant les communautés locales, ces dérives offrent sur un plateau d’or la propagande des groupes armés, qui se présentent en protecteurs face à un État perçu comme oppresseur. Résultat : l’armée perd son principal atout — le soutien de la population, source vitale de renseignement et de légitimité.

Une justice militaire en panne, symbole d’un système à bout de souffle

La tenue même de cette session judiciaire à Sévaré met en lumière les failles d’un système judiciaire militaire défaillant. Présentée comme un gage de transparence, elle révèle surtout des retards endémiques, imputables à l’insécurité ambiante, au manque criant de magistrats et aux distances géographiques. Conséquence directe : des détentions provisoires abusives, certains prévenus attendant des années derrière les barreaux avant d’être jugés. Une situation dénoncée par le Barreau malien, qui souligne l’injustice et l’inefficacité d’une machine judiciaire essoufflée.

L’urgence d’une remédiation radicale pour l’armée malienne

Pour le colonel Assimi Goïta et la hiérarchie militaire, le procès de Sévaré doit servir de déclic. Impossible de prétendre à la victoire sur le terrain si la chaîne de commandement ferme les yeux sur les détournements d’armes, si la discipline se désagrège et si la justice fonctionne par à-coups. Avant de demander la confiance des Maliens, l’institution doit réformer ses propres rangs : colmater les brèches par lesquelles s’échappe sa crédibilité, son matériel et son honneur. Sans cette autocritique impitoyable, la lutte contre le terrorisme restera un combat perdu d’avance.

Suivre les publications :

You May Have Missed