À Dakar, Diomaye Faye consacre la rupture avec Sonko et garde la dissolution en main
Le tournant est désormais acté. Bassirou Diomaye Faye ne se contente plus de constater la brouille avec Ousmane Sonko : il la nomme, l’assume et remet au centre du jeu l’arme constitutionnelle de la dissolution de l’Assemblée nationale, une institution que préside aujourd’hui celui qui fut son Premier ministre. En quelques phrases prononcées à New York, le chef de l’État sénégalais a transformé une simple interrogation en moment charnière de son mandat.
Une prérogative constitutionnelle jamais refermée
Interrogé à New York sur l’hypothèse d’une dissolution, Bassirou Diomaye Faye a renvoyé la balle au texte fondamental : « Pourquoi exclure une prérogative dont on est investi par la Constitution ? » Le président n’a annoncé ni dissolution, ni date d’élections. Mais il a soigneusement évité de fermer la porte, en liant toute décision à l’évolution des rapports entre institutions.
Sa formule résume la méthode : « Tout est question de nécessité ou de contexte. Le moment venu, selon ce qu’on aura en face, on décidera. » Une manière de rappeler que l’initiative lui appartient, alors que son gouvernement doit défendre ses choix budgétaires devant une Assemblée dominée par le Pastef.
Le limogeage de Sonko, acte fondateur d’une bascule
Pour la première fois, le chef de l’État met des mots précis sur la séparation d’avec son ancien Premier ministre, évoquant des « divergences persistantes sur certains sujets ». Sa conclusion claque comme une décision assumée : « Quand cette rupture de confiance a persisté, je me suis choisi un autre Premier ministre. »
Il écarte en revanche l’idée que les discussions menées avec le Fonds monétaire international aient, à elles seules, précipité leur divorce politique. La rupture a donc une autre origine, plus profonde, que le président choisit de rattacher à une question de confiance plutôt qu’à un dossier financier.
Un rapport de force déplacé vers le Parlement
Le désaccord a changé de terrain. Après avoir quitté le gouvernement, Ousmane Sonko a pris la présidence de l’Assemblée nationale, ce qui lui confère un poids décisif dans l’examen des textes portés par l’exécutif. La configuration inverse désormais les rôles : celui qui gouvernait hier arbitre aujourd’hui l’action gouvernementale.
Une loi de finances rectificative sous haute tension
Interrogé sur un possible rejet du projet de loi de finances rectificative par les députés du Pastef, Bassirou Diomaye Faye a renvoyé chaque camp à ses obligations : « Chacun assume ses responsabilités et le peuple arbitre. » Une réponse qui déplace la pression vers les élus, tout en laissant planer l’ombre d’une dissolution si le blocage s’installait.
Face aux accusations de trahison, le serment comme réponse
Aux reproches de certains membres de son ancienne formation, le président oppose un argument personnel, presque intime : « La seule chose que je suis susceptible de trahir, c’est mon serment. » Derrière la formule, un rappel : sa légitimité repose sur son engagement devant la nation, et non sur l’allégeance partisane.
La suite du bras de fer dépendra largement de la façon dont l’Assemblée accueillera les mesures financières de l’exécutif. C’est à cet endroit précis que se jouera la prochaine étape de la rupture.
Macky Sall aux Nations unies : un soutien qui assume ses paradoxes
Le président a également réaffirmé son appui à la candidature de son prédécesseur Macky Sall au poste de secrétaire général des Nations unies. Malgré les doutes exprimés sur ses chances, il estime que « les jeux restent ouverts » et affirme échanger avec les membres appelés à peser sur le choix final.
Une expérience internationale érigée en argument
Pour justifier cette position, Bassirou Diomaye Faye s’appuie sur le parcours international de Macky Sall et sur la place de l’Afrique dans les grandes institutions. « Qui est de mieux aujourd’hui pour défendre une meilleure place de l’Afrique que le président Macky Sall ? », a-t-il lancé.
Il convoque aussi la question de la dette, au cœur des difficultés financières que traverse le Sénégal. Selon lui, Macky Sall a « subi les affres de la dette », une expérience qui le rendrait légitime pour porter une réforme de l’architecture financière internationale. Le président n’a pas évoqué, sur ce point, les responsabilités prêtées à l’ancien pouvoir dans la dette non déclarée.