À Cotonou, l’intelligence artificielle s’attaque à la pollution de l’eau
Dans les rues de Cotonou, la start-up SSaFE innove sous la direction de Marielle Agbahoungbata, une ingénieure chimiste déterminée à transformer les défis hydrauliques de son pays. Son arme ? Un robot filtreur intelligent, capable de purifier l’eau souillée tout en s’adaptant aux réalités locales.
Lors d’une présentation à l’UNESCO, à Paris, son discours a marqué les esprits. Face à des solutions souvent trop théoriques, elle a exposé un projet concret : un dispositif autonome, doté d’une intelligence artificielle, capable d’analyser et de traiter l’eau en fonction de son usage final.
Watt Air : un laboratoire ambulant pour une eau plus sûre
Baptisé Watt Air, ce robot n’est pas une simple machine. C’est un laboratoire mobile qui, grâce à son IA, détermine en temps réel si l’eau peut être bue, utilisée pour le linge ou réservée à l’irrigation. « L’intelligence artificielle optimise chaque étape du processus, réduisant les coûts et le gaspillage », explique la fondatrice de SSaFE.
Dans un pays où les ressources en eau potable sont de plus en plus rares, cette innovation représente une avancée majeure. En ajustant automatiquement les doses de réactifs nécessaires, le robot garantit une purification efficace sans surcoût énergétique.
Une technologie accessible à tous, même sans instruction
L’un des atouts majeurs de Watt Air réside dans son interface vocale multilingue. Que l’utilisateur parle Fon, Bambara, Wolof ou Swahili, la machine s’adapte et répond dans sa langue maternelle. Une avancée sociale qui permet aux femmes, souvent éloignées des centres de formation, d’utiliser le dispositif sans difficulté.
« Une mère de famille dans un village isolé peut recycler l’eau de sa lessive sans jamais avoir appris à lire », souligne Marielle Agbahoungbata. L’IA ne remplace pas l’humain, elle se met à son service pour faciliter son quotidien.
Sèmè City : un écosystème propice à l’innovation
Né au sein de Sèmè City, le pôle d’excellence de Cotonou, le projet Watt Air illustre la puissance des collaborations locales. Thierry d’Almeida, directeur général de l’Institut de recherche du centre, met en avant cette synergie entre mathématiciens et chimistes comme clé pour résoudre les problèmes régionaux.
Soutenu par une subvention de 30 000 dollars de l’UNESCO, ce projet prouve que les solutions aux défis africains émergent souvent sur le continent, portées par une connaissance précise des besoins du terrain.
Vers une commercialisation en 2027
Bien que le prototype soit encore en phase de test, l’objectif est clair : une mise en service d’ici 2027. Pour y parvenir, SSaFE recherche activement des partenaires et des financements afin de passer du stade expérimental à l’application grand public.
Derrière cette innovation, Marielle Agbahoungbata rappelle une vérité fondamentale : la technologie doit avant tout servir l’humain. « Une solution n’a de sens que si elle améliore le quotidien, préserve la santé et inclut chacun, sans distinction de langue ou de niveau d’éducation. »