Le contentieux sportif entre le Sénégal et le Maroc s’invite au sommet de Nairobi

Alors que la procédure concernant le litige de la finale de la Coupe d’Afrique des nations est toujours en cours devant le Tribunal arbitral du sport (TAS), les tensions entre Dakar et Rabat ont ressurgi de manière inattendue dans les cercles diplomatiques. Lors d’une session consacrée au sport et au développement durant le sommet Afrique-France à Nairobi, le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a profité de la tribune pour saluer une année 2026 marquante pour son pays, soulignant qu’elle avait débuté par un sacre continental. Cette intervention a déclenché une vague d’acclamations dans la salle, sous le regard amusé d’Emmanuel Macron et la mine déconcertée de Patrice Motsepe, le patron de la Confédération africaine de football (CAF).

Le dirigeant sénégalais, entouré de ses homologues kényan William Ruto et botswanais Duma Boko, a marqué les esprits par son ton ironique. Évoquant les futurs Jeux Olympiques de la jeunesse prévus à Dakar, il a lancé un cinglant « Merci à vous pour ce verdict ! ». Cette pique fait directement référence à la décision de la commission d’appel de la CAF qui, le 17 mars dernier, a accordé la victoire au Maroc par forfait (3-0), annulant ainsi le succès acquis par les Lions de la Teranga sur la pelouse de Rabat en janvier (1-0). La Fédération sénégalaise de football, dénonçant un véritable hold-up administratif, a porté l’affaire devant la justice sportive à Lausanne. Les arguments des deux camps sont désormais entre les mains des arbitres suisses pour une procédure qui pourrait s’étirer sur plusieurs mois.

L’absence remarquée des officiels marocains

Si le Royaume chérifien était représenté au Kenya par son chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, pour traiter des dossiers industriels et énergétiques, aucun représentant marocain n’a participé aux échanges sur le sport. Cette absence volontaire illustre le climat de méfiance qui persiste quatre mois après les incidents du stade Mouley-Abdellah. Dans les couloirs du sommet, le sujet semble avoir été soigneusement évité pour ne pas envenimer la situation.

Interrogée sur d’éventuelles frictions, la ministre déléguée française Eléonore Caroit a affirmé n’avoir perçu aucune tension directe lors des tables rondes. De son côté, le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a reconnu que, si le sujet n’a pas été abordé publiquement durant les sessions plénières, il reste présent dans les échanges bilatéraux, soulignant que cette affaire dépasse désormais le simple cadre du football.

Un volet judiciaire et humain pesant

Au-delà du terrain vert, les relations entre les deux nations sont également marquées par une affaire pénale. Un ressortissant français, proche de l’encadrement sénégalais, a récemment été libéré après avoir purgé trois mois de détention à Rabat pour des incidents survenus en tribunes. Parallèlement, plusieurs supporters sénégalais condamnés pour violences ont également recouvré la liberté après avoir effectué un pèlerinage à Fès. Toutefois, quinze autres citoyens sénégalais restent incarcérés au Maroc, purgeant des peines allant jusqu’à un an de prison, dans l’attente d’une possible mesure de clémence de la part du roi Mohammed VI.

La diplomatie face à la passion sportive

Malgré ces points de friction, les deux capitales s’efforcent de maintenir un dialogue courtois. À Rabat, on rappelle la profondeur des liens historiques et religieux qui unissent les deux peuples, estimant qu’ils doivent prévaloir sur les aléas sportifs. À Dakar, on évoque une brouille passagère entre nations sœurs, tout en réaffirmant l’exigence de respect mutuel de la souveraineté nationale.

Ce conflit a par ailleurs entraîné une évolution des règles du football mondial. Suite à l’attitude du sélectionneur sénégalais qui avait incité ses joueurs à quitter la pelouse pour protester contre un penalty, l’IFAB a adopté une nouvelle directive. Désormais, tout membre d’un staff technique encourageant l’abandon du terrain s’expose à une exclusion immédiate. Cette réforme, déjà surnommée officieusement la « loi Pape Thiaw », vise à prévenir toute répétition de tels scénarios sur la scène internationale.

Entre les procédures judiciaires à Lausanne, le sort des supporters détenus et les joutes oratoires dans les sommets internationaux, cette finale de la CAN continue de s’écrire bien après le coup de sifflet final.

Scroll to Top