Discrimination et répression des homosexuels au Sénégal : une situation alarmante

plus de 100 arrestations et des lynchages en quelques semaines : la communauté lgbt du Sénégal fait face à une vague de persécutions sans précédent. la nouvelle loi anti-homosexualité, adoptée à l’unanimité, aggrave encore leur situation.

dans le pays, les homosexuels sont traqués, arrêtés ou agressés par la foule. un ingénieur français a été interpellé en février, et les soignants qui les accompagnent dans leur lutte contre le vih risquent désormais la prison. comment en est-on arrivé là ?


en plein Dakar, un homme est entraîné par la gendarmerie sous les cris de la foule. les voisins l’accusent d’être homosexuel et lui lancent des insultes en wolof, notamment le terme « góor-jigéen », qui signifie « homme-femme ». cette scène, loin d’être isolée, se répète dans tout le Sénégal. plus d’une centaine d’homosexuels ont été arrêtés ces dernières semaines, certains lynchés par la population sous prétexte de leur orientation sexuelle.

pour éviter les représailles, les homosexuels doivent vivre dans la clandestinité. un homme interviewé par France tv explique qu’il ne sort plus de chez lui de peur d’être arrêté. selon la loi sénégalaise, il risque jusqu’à dix ans de prison pour acte contre nature. « tu ne peux pas vivre en ayant peur à tout moment. avoir peur tout le temps, ce n’est pas possible. ce n’est pas une vie », confie-t-il avec amertume. depuis le début de la répression, il a coupé tout contact avec son entourage.

beaucoup préfèrent se rendre à la police plutôt que d’être pris à partie par la foule ou leurs voisins. « on leur a fait croire qu’il faut détester un homosexuel pour être plus croyant. qu’en le tuant, on va au paradis. mais aimer un homme ou une femme, c’est une question personnelle, ça ne regarde que toi et dieu », explique un témoin. cette haine, selon lui, est le fruit d’un endoctrinement orchestré par certains groupes religieux.

une loi ultra-répressive adoptée en urgence

un français, ingénieur et installé au Sénégal depuis plusieurs années, a été arrêté en février à son domicile. sa photo, diffusée par la police, le montre entouré d’autres suspects arrêtés le même jour. il est toujours en prison à ce jour. ses proches, bouleversés, racontent comment il a été intercepté : « ils ont frappé à la porte, il a ouvert, et ils l’ont attrapé. c’est une rafle, pas une arrestation normale. »

l’homosexualité était déjà illégale au Sénégal depuis 1966, mais la loi était rarement appliquée. aujourd’hui, le gouvernement a durci le texte, soutenu par l’ensemble des députés. « les homosexuels ne respireront plus dans ce pays », a déclaré l’une d’entre eux. « les valeurs lgtbq+ sont un poison culturel inoculé dans notre société », a dénoncé un autre élu, proposant même des peines encore plus sévères.

la nouvelle loi prévoit des peines de cinq à dix ans de prison ferme pour les actes homosexuels. elle a été adoptée à l’unanimité : 135 voix pour, 0 contre. trois députés se sont abstenus, mais seulement pour demander des sanctions encore plus dures. « ils veulent même aller plus loin que cette loi, qui est déjà une aberration », précise un observateur.

vih et homophobie : un cercle vicieux dangereux

dans ce climat de répression, les homosexuels porteurs du vih n’osent plus se rendre dans les centres de santé pour récupérer leurs traitements. « soigner un séropositif, qu’il soit homosexuel ou non, c’est notre devoir de médecin. mais aujourd’hui, nous avons peur. ces patients comptent sur nous, nous ne pouvons pas les abandonner », explique le docteur safiathou thiam, secrétaire exécutive du conseil national de lutte contre le sida au Sénégal.

la nouvelle loi punit aussi ceux qui viennent en aide aux homosexuels, y compris les soignants. « nous sommes inquiets, mais nous espérons que la raison l’emportera. si les patients ne viennent plus se faire soigner, le vih pourrait resurgir de manière incontrôlable », ajoute-t-elle. déjà, plusieurs associations ont suspendu leurs activités par crainte des représailles.

le Sénégal, pays majoritairement musulman à 95%, a toujours été hostile à l’homosexualité. mais la radicalisation récente de la société, encouragée par des discours politiques et religieux, a transformé une tolérance relative en une chasse aux sorcières sans précédent.

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